<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"><channel><title>Le Voyageur Tech</title><description>Adam Osoba, carnet de route et équipement d’un voyageur en itinérance.</description><link>https://www.voyageur.tech/</link><item><title>Le porte-clé niveau à bulle</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/inutile/le-porte-cle-niveau-a-bulle/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/inutile/le-porte-cle-niveau-a-bulle/</guid><description>Un porte-clé qui contient un vrai niveau à bulle. Ridicule, minuscule, et pourtant redoutablement pratique en itinérance.</description><pubDate>Tue, 28 Jul 2026 16:10:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;La règle de cette rubrique tient en quatre conditions : ça doit tenir dans 40 L, passer en
cabine, rester bon marché, et être ridicule tout en restant utile. Le
porte-clé niveau à bulle remplit les quatre, ce qui n’est pas si fréquent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-cest-concrètement&quot;&gt;Ce que c’est, concrètement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un porte-clé, en métal ou en plastique renforcé selon les versions, avec une petite fiole
liquide et une bulle d’air à l’intérieur. On l’accroche à ses clés, on pose le bord plat contre
une surface, et la bulle indique si c’est droit. C’est tout. Aucune application, aucune batterie,
aucun réglage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;pourquoi-ça-sert-vraiment-en-itinérance&quot;&gt;Pourquoi ça sert vraiment en itinérance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’usage n’est pas là où on l’imagine. Ce n’est pas pour accrocher des tableaux chez soi. C’est
pour les locations de courte durée, les appartements loués une semaine ou deux, où l’on veut
parfois fixer une carte, un miroir de voyage, ou une petite étagère murale sans passer dix minutes
à improviser un niveau avec un verre d’eau posé sur une planche. C’est arrivé plus d’une fois sur
la route, et chaque fois, avoir ce petit outil directement sur le porte-clé a évité d’aller
chercher une solution de fortune.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;pourquoi-jai-écarté-lapplication-smartphone&quot;&gt;Pourquoi j’ai écarté l’application smartphone&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’option la plus évidente, sur le papier, c’est l’application de niveau intégrée à la plupart des
téléphones. Elle fonctionne, et plutôt bien. Mais elle demande de tenir le téléphone à plat contre
le mur, souvent en hauteur, sur une main déjà occupée à tenir l’objet à accrocher. Le risque de
lâcher le téléphone n’est pas théorique. C’est précisément ce que ce porte-clé évite, en libérant
les deux mains.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;pourquoi-jai-écarté-le-niveau-format-outil&quot;&gt;Pourquoi j’ai écarté le niveau format outil&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un niveau à bulle classique, au format outil de bricolage, est plus précis sur le papier. Mais il
ne tient pas sur un porte-clé : c’est un objet de plus à ranger, avec son propre volume et son
propre risque de se perdre dans le fond d’un sac. Pour un usage aussi occasionnel, la précision
supplémentaire ne justifie pas l’encombrement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-je-ne-peux-pas-garantir&quot;&gt;Ce que je ne peux pas garantir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai pas comparé la précision de la bulle à un niveau de référence étalonné en laboratoire.
Pour l’usage visé, accrocher un cadre à peu près droit dans un salon loué une semaine, l’écart
éventuel n’a pas d’importance pratique. Mais je ne peux pas l’affirmer avec un chiffre. Je n’ai
pas non plus de retour sur la résistance de l’objet aux chocs répétés d’un trousseau de clés
transporté en poche pendant des mois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-verdict-de-la-rubrique&quot;&gt;Le verdict de la rubrique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Défendable, pas indispensable. Un porte-clé niveau à bulle ne change pas un voyage, mais il évite
une bonne dizaine de minutes d’improvisation à chaque fois qu’un mur se présente. C’est
exactement le niveau d’utilité que cette rubrique est censée célébrer : ridicule à décrire à voix
haute, raisonnable une fois entre les mains.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Le sac de cabine à ouverture panneau qui ne m&apos;a plus fait jurer</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/le-sac-a-panneau-qui-ne-jure-plus/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/le-sac-a-panneau-qui-ne-jure-plus/</guid><description>Analyse sur pièces d&apos;un sac de cabine 40 L à ouverture panneau, après l&apos;épisode du bus raté à Chiang Mai.</description><pubDate>Tue, 21 Jul 2026 07:55:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Cet article n’existerait pas sans le bus raté de
&lt;a href=&quot;/fr/carnet/le-jour-ou-jai-loupe-le-bus-a-chiang-mai/&quot;&gt;Chiang Mai&lt;/a&gt;. Je voulais comprendre ce qui,
dans un sac de cabine, fait vraiment la différence entre deux minutes de rangement et huit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-problème-nest-pas-le-volume&quot;&gt;Le problème n’est pas le volume&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Après un sac trop plein, la tentation, c’est de chercher plus grand. Mauvaise piste. Le volume
n’était pas le problème le jour du bus raté, l’ouverture l’était. Un sac classique, avec une
seule ouverture en haut, fonctionne comme un tube : pour accéder au fond, il faut retirer ce qui
est au-dessus. Ranger proprement devient un jeu de Tetris vertical, lent par construction, quel
que soit le volume disponible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sac à ouverture panneau fonctionne à l’inverse. La face avant se rabat entièrement, le
contenu est visible et accessible d’un coup, comme un livre ouvert à plat. Le gain n’est pas
dans ce qu’il contient, mais dans la vitesse à laquelle on peut le refermer sans y penser.&lt;/p&gt;
&lt;figure class=&quot;my-6&quot;&gt;
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    &lt;title id=&quot;schema-ouverture-titre&quot;&gt;Ouverture classique par le haut contre ouverture panneau à plat&lt;/title&gt;
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    &lt;text x=&quot;80&quot; y=&quot;175&quot; text-anchor=&quot;middle&quot; fill=&quot;var(--color-ivoire)&quot; font-size=&quot;13&quot;&gt;Ouverture classique&lt;/text&gt;
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    &lt;/defs&gt;
  &lt;/svg&gt;
  &lt;figcaption class=&quot;mt-2 text-center text-small text-ardoise&quot;&gt;Schéma de principe : à gauche, il faut retirer le contenu du dessus pour atteindre le fond ; à droite, la face avant se rabat et donne un accès direct.&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-je-nai-pas-pu-tester&quot;&gt;Ce que je n’ai pas pu tester&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai pas ce sac précis entre les mains. Ce qui suit est une analyse sur fiche technique, pas
un usage prolongé. Je n’ai pas eu dix mois pour le confronter à la pluie, aux vols low-cost qui
pèsent chaque bagage, ou à l’usure d’un tissu qui frotte contre un porte-bagage tous les deux
jours. Cet article vaut ce qu’il est : un comparatif de conception, pas un carnet d’usure.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-la-fiche-dit-et-ce-quelle-ne-dit-pas&quot;&gt;Ce que la fiche dit, et ce qu’elle ne dit pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le volume et le poids viennent de la fiche produit, pour les deux sacs&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;#user-content-fn-1&quot; id=&quot;user-content-fnref-1&quot; data-footnote-ref=&quot;&quot; aria-describedby=&quot;footnote-label&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Le temps de
rangement, lui, vient d’ailleurs : mon propre sac, celui de l’histoire de Chiang Mai, m’a coûté
huit minutes de bricolage sur un trottoir. Un sac à ouverture panneau, sur le papier, range en
deux. L’écart n’est pas mesuré sur ce modèle précis, il est déduit de la conception, et de ce
que j’ai vécu avec le mien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;pourquoi-jai-écarté-les-trois-autres-options&quot;&gt;Pourquoi j’ai écarté les trois autres options&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trois alternatives sérieuses, chacune avec un motif précis plutôt qu’un simple « moins bien ».
La valise à roulettes mérite d’être nommée à part : elle règle le problème de rangement en
évitant le pliage, mais en crée un autre dès que le trajet quitte le bitume. Pour de
l’itinérance en Asie du Sud-Est, ce n’est pas un détail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-je-ne-sais-pas-encore&quot;&gt;Ce que je ne sais pas encore&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce produit n’a pas encore de référence vérifiée chez moi, et sans référence vérifiée, pas de
lien d’achat : juste le nom, en texte simple. Je préfère un article incomplet à un lien qui ne
mène nulle part de fiable.&lt;/p&gt;
&lt;section data-footnotes=&quot;&quot; class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h2 class=&quot;sr-only&quot; id=&quot;footnote-label&quot;&gt;Footnotes&lt;/h2&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id=&quot;user-content-fn-1&quot;&gt;
&lt;p&gt;Fiche technique du fabricant, consultée le 21 juillet 2026. Un sac à ouverture classique
haut de 45 L sert de comparaison, avec la même source. &lt;a href=&quot;#user-content-fnref-1&quot; data-footnote-backref=&quot;&quot; aria-label=&quot;Back to reference 1&quot; class=&quot;data-footnote-backref&quot;&gt;↩&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/section&gt;</content:encoded></item><item><title>Le jour où j&apos;ai loupé le bus à Chiang Mai</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/le-jour-ou-jai-loupe-le-bus-a-chiang-mai/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/le-jour-ou-jai-loupe-le-bus-a-chiang-mai/</guid><description>Un sac trop plein, un tuk-tuk trop lent, et une leçon sur ce qu&apos;on emporte vraiment en voyage.</description><pubDate>Tue, 14 Jul 2026 08:42:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Il y a une scène que je raconte à qui veut l’entendre. Et une autre que je ne racontais pas
jusqu’ici. La première : j’ai loupé le bus de 7h pour Pai parce que mon sac ne fermait plus. La
seconde est arrivée après, sur un banc, et c’est celle qui reste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-sac-qui-ne-fermait-plus&quot;&gt;Le sac qui ne fermait plus&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le tuk-tuk m’a déposé devant la gare routière de Chiang Mai à 6h52. Huit minutes, c’est large.
En théorie. Mon sac de cabine, le même depuis dix mois de route, avait fini par ressembler à un
ballon mal gonflé : deux fermetures éclair sur trois, la troisième coincée sur un t-shirt qui
refusait de rentrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l’ai posé sur le trottoir. Sorti la moitié du contenu pour tout replier. Regardé ma montre.
6h58. J’ai couru, sac à moitié fermé, un t-shirt qui dépassait comme un drapeau de reddition. Le
bus partait à 7h00. Pas 7h05, pas « à peu près » : 7h00. Je l’ai vu tourner au coin de la rue
Chang Phuek juste avant d’atteindre le quai.&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&quot;rounded border border-canard bg-canard/10 p-4&quot;&gt;
  &lt;p class=&quot;mb-1 font-titre text-meta uppercase tracking-wide text-canard&quot;&gt;Aparté&lt;/p&gt;
  &lt;div class=&quot;text-body text-ivoire&quot;&gt;
&lt;p&gt;Huit minutes de marge à cette gare routière, c’est court : le quai de départ n’est pas toujours
celui affiché la veille, et il faut parfois traverser tout le parking pour le trouver. Compter
un vrai quart d’heure si le sac n’est pas déjà fermé en descendant du tuk-tuk.&lt;/p&gt;
  &lt;/div&gt;
&lt;/aside&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-jai-cru-avoir-appris&quot;&gt;Ce que j’ai cru avoir appris&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ma première conclusion, sur le moment : j’ai trop de choses. Le genre de leçon qu’on se sert
soi-même après un moment stupide, parce qu’elle est simple et qu’elle flatte un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf qu’en comptant vraiment, il n’y avait rien à jeter. Trois t-shirts, une trousse de toilette,
un chargeur, une gourde, un k-way, un carnet. Le problème n’était pas la quantité, c’était le
pliage : dix mois de pliages approximatifs avaient gonflé chaque vêtement d’un centimètre de
trop, et un sac de cabine n’a pas de centimètre de trop à offrir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-vraie-leçon-arrivée-plus-tard&quot;&gt;La vraie leçon, arrivée plus tard&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le bus suivant partait à 9h30. Je l’ai attendu sur un banc en métal, à l’ombre d’un manguier
planté devant la gare. C’est là, pas dans la course ratée, qu’est venue la leçon utile : un sac
de cabine bien pensé se replie comme un jeu, ou il ne se replie pas du tout. Le mien avait un bon
volume et une mauvaise ouverture, une fermeture classique en haut, qui oblige à tout retirer
pour ranger correctement le fond. Un sac qui s’ouvre en panneau, à plat, aurait changé la scène.
Deux minutes de rangement plutôt que huit de bricolage sur un trottoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, je regarde l’ouverture d’un sac avant son volume affiché en litres. Le chiffre sur
l’étiquette ne dit rien de la vitesse à laquelle on peut le refermer un matin où on est en
retard.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-je-nai-pas-vérifié&quot;&gt;Ce que je n’ai pas vérifié&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai pas de méthode scientifique à opposer à ce récit. C’est une anecdote, pas un protocole.
Un autre voyageur, même sac, même hâte, aurait peut-être vécu autre chose. Il y a sans doute
autant de fatigue et d’inattention dans cette histoire que de conception de sac. Ce jour-là a
changé la façon dont je choisis un sac, et c’est cette façon-là que j’essaie de transmettre dans
les articles matériel de ce carnet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bus de 9h30 est arrivé à l’heure. J’étais assis devant, sac fermé, dix minutes d’avance. Pas
une meilleure histoire à raconter. Juste la seule chose qui compte vraiment un matin de départ.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Six mois après le vol, ce que je n&apos;ai pas racheté</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/six-mois-apres-le-vol/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/six-mois-apres-le-vol/</guid><description>Un lecteur me demande ce qui a été remplacé depuis janvier. Une machine, et rien d&apos;autre. La liste des absences, et ce que chacune a coûté.</description><pubDate>Thu, 02 Jul 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Un lecteur m’a écrit en juin. Trois phrases, dont la dernière est celle qui a produit ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tu as écrit un article sur l’ordinateur que tu as racheté en quatre jours. Est-ce qu’il y a des choses que tu n’as pas rachetées ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La réponse courte tient en un objet. Une machine, achetée en février à Lisbonne, sous contrainte de temps. Depuis, rien. Six mois de route, trois continents, et pas un seul remplacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m’en étais pas rendu compte avant de faire la liste sur la table d’une chambre de Batoumi, avec le carnet papier et l’inventaire de janvier sous les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;létui-du-casque&quot;&gt;L’étui du casque&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est parti dans le porte-bagages d’un train entre Porto et Lisbonne, vide, avec deux câbles dedans, pendant que le casque était sur ma tête. Toute l’histoire est &lt;a href=&quot;/fr/carnet/housse-casque-vide-train-porto/&quot;&gt;dans le premier texte de ce carnet&lt;/a&gt; et je ne vais pas la refaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l’absence a changé, en revanche, se mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le casque pend au sac par son arceau depuis six mois. Il a pris une rayure, sur la coque droite, contre un dossier de chaise dans une gare de Taipei. Elle est visible, elle ne s’enlève pas, et elle ne me gêne pas plus que ça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La besace, elle, a changé de forme. La coque rigide occupait un volume fixe et tenait le sac ouvert de l’intérieur, ce que je n’avais jamais remarqué avant qu’elle disparaisse. Sans elle, la toile s’affaisse, et tout ce qui est petit descend au fond. La trousse à câbles est trois fois plus pénible à retrouver qu’en décembre. Voilà un coût réel, qui n’a rien à voir avec la protection d’un casque, et que personne n’aurait pu me prédire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me plaignais de cet étui depuis deux ans. Deux ans de plaintes n’ont jamais rien produit. Quatre secondes dans un couloir de train, oui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-câble-jack&quot;&gt;Le câble jack&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il était dans l’étui. Il est parti avec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m’a manqué une fois, en avril, à onze mille mètres, sur un vol de treize heures dont l’écran de siège proposait une prise pour casque filaire et rien d’autre. J’avais un casque sans fil que l’appareil ne voulait pas voir, des écouteurs filaires avec le mauvais embout, et douze heures devant moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une absence qui coûte quelque chose de précis, une seule fois en six mois, à une date que je peux nommer. C’est le genre de comptabilité que je préfère aux discours sur le poids du sac.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-housse-matelassée&quot;&gt;La housse matelassée&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La machine rachetée en février n’a jamais eu de housse dédiée. Elle voyage dans une pochette en tissu quelconque, sans logo, sans matelassage, qui ne ressemble à rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coin arrière gauche du capot porte une marque depuis mai. Elle vient d’un trajet en van sur une route où j’avais posé le sac contre une caisse en bois. Une housse matelassée l’aurait évitée, et je le sais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne l’ai pas rachetée quand même, parce que je continue de penser qu’un contenant qui annonce son contenu est une étiquette, et que c’était la seule chose utile tirée de janvier. Cette conviction m’a coûté une marque sur un capot. Elle ne m’a rien rapporté que je puisse démontrer, puisqu’on ne mesure pas un vol qui n’a pas eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-cadenas&quot;&gt;Le cadenas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Celui-là n’a pas été volé. Il est dans le tiroir d’une chambre de Lisbonne, où je l’ai laissé en février après avoir passé quarante minutes à retrouver sa combinaison en épuisant les mille possibilités.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son absence n’a rien changé que je puisse mesurer. Ce qu’elle a supprimé, c’est une décision quotidienne : est-ce que je ferme, est-ce que je ne ferme pas, est-ce que ça vaut le coup pour trois heures dans une consigne. La décision ne se pose plus. Je ne dis pas que c’est mieux. Je dis que ça fait une chose de moins à arbitrer chaque jour, et que je n’aurais jamais obtenu ce résultat en décidant quoi que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-chargeur-orphelin&quot;&gt;Le chargeur orphelin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C’est le seul objet de la liste que j’ai retiré moi-même, et il mérite d’être raconté parce qu’il contredit à moitié tout ce qui précède.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chargeur de la machine partie était encore dans le sac le jour du vol. &lt;a href=&quot;/fr/carnet/ce-que-le-voleur-a-laisse/&quot;&gt;Il figure dans l’inventaire de janvier&lt;/a&gt;, catalogué comme parfaitement inutile. Je l’ai transporté neuf semaines. Lisbonne, Faro, Séville, Tarifa, Tanger, Marrakech. Un objet en parfait état de marche, sans aucune machine à alimenter, porté sur deux mille kilomètres parce que jeter un appareil qui fonctionne me demande un effort dont je n’ai visiblement pas les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fini dans une poubelle de chambre à Marrakech, en mars. Neuf semaines et six villes pour retirer d’un sac un objet dont je savais dès le premier jour qu’il ne servait plus à rien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;est-ce-que-lhabitude-a-tenu&quot;&gt;Est-ce que l’habitude a tenu ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C’est la question que j’avais laissée ouverte en janvier, et six mois est à peu près la durée au bout de laquelle on peut y répondre sans se raconter d’histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La règle qui ne coûte rien a tenu sans effort. Aucun de mes contenants n’annonce plus ce qu’il contient, et je n’ai eu à y penser aucun jour, puisque tenir cette règle consiste à ne rien acheter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La règle qui coûte quelque chose s’est érodée. Le disque de sauvegarde ne devait plus jamais voyager dans le même sac que la machine qu’il sauvegarde. Il y est retourné trois fois depuis mai, les jours où porter deux sacs pour aller travailler dans un café relevait de la punition. La clé de sécurité, elle, est restée dans la veste, parce que ça ne me coûte que trois secondes par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est pas une question de sérieux, c’est une question de tarif. Une habitude gratuite tient. Une habitude qui se paye chaque matin s’use, et elle s’use d’autant plus vite que rien de grave n’est arrivé entretemps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-six-mois-dabsence-me-permettent-de-dire&quot;&gt;Ce que six mois d’absence me permettent de dire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un lecteur m’avait demandé en janvier ce que j’avais le droit d’affirmer sur des objets que je n’ai pas essayés. La liste ci-dessus pose la question par l’autre bout, et la réponse est la même, ce qui m’a surpris en l’écrivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois sans étui rigide ne prouvent rien sur les étuis rigides. Ils prouvent que sur cet itinéraire, avec ce casque et cette besace, je m’en suis passé au prix d’une rayure et d’un sac qui s’affaisse. Quelqu’un qui prend l’avion quatre fois par mois avec le même casque dans une soute a une autre équation, et je n’ai aucun moyen de la résoudre à sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’absence n’est pas une preuve. Elle a exactement le même statut que la possession : elle raconte un cas, un usage, une durée, et rien au-delà. Je ne peux pas plus te recommander de te passer d’un objet que te recommander un objet que je n’ai pas eu en main, et c’est la même limite dans les deux sens. Ce que je m’interdis sur ce site est écrit dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-refuse&quot;&gt;ce que je refuse&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule chose que j’affirme au bout de ces six mois porte sur moi, pas sur le matériel. Je n’ai jamais rien retiré de ce sac par décision. J’ai retiré des choses parce qu’un inconnu s’en est chargé en quatre secondes, parce qu’une combinaison oubliée a rendu un cadenas insupportable, parce qu’un câble est devenu poisseux au soleil. Sept cents jours de plaintes sur un étui n’ont pas produit ce qu’un couloir de train a produit sans moi. Je n’ai pas de méthode pour déclencher l’événement, et je me méfie de ceux qui en vendent une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai écrit à la maison d’hôtes de Lisbonne en juin, pour demander si le cadenas était toujours dans le tiroir. La réponse est arrivée le lendemain, avec une photo : il est là, dans le tiroir du haut, à côté d’un chargeur et d’une chaussette d’homme. Ils ont proposé de me l’envoyer, gratuitement, la personne connaît le site. Je n’ai pas répondu, et ça fait maintenant trois semaines.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Le contenu de la trousse à câbles, six mois plus tard</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/le-contenu-de-la-trousse-a-cables/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/le-contenu-de-la-trousse-a-cables/</guid><description>Je cherchais un câble, j&apos;en ai sorti onze. Inventaire d&apos;une trousse que personne ne trie jamais, et de ce qui y est monté en route sans décision.</description><pubDate>Thu, 25 Jun 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Je cherchais le câble blanc, celui qui charge le téléphone. Je l’ai trouvé au bout de deux minutes, sous le reste, et j’ai continué à vider parce que c’était plus rapide que de refermer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Table de la chambre, à Batoumi, un après-midi de juin. Onze câbles. Deux adaptateurs. Une clé USB dont j’ignore le contenu. Un lecteur de cartes mémoire. Deux chargeurs secteur. Une souris. Un élastique de bureau qui tient un rouleau depuis quatre ans et qui a survécu à un vol, à quatre pays et à une machine remplacée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est pas un organisateur de voyage à compartiments élastiqués. C’est une trousse d’écolier à fermeture éclair, en toile, que je n’ai jamais choisie et dont je ne sais plus d’où elle vient. J’ai écrit un texte en avril sur les organisateurs souples, avec un modèle retenu et trois écartés. Je n’en ai toujours pas acheté. C’est cohérent avec la façon dont ce site fonctionne et ça reste embarrassant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;pourquoi-cette-trousse-ne-se-trie-jamais&quot;&gt;Pourquoi cette trousse ne se trie jamais&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je fais mon sac tous les quinze jours depuis six mois. J’ai sorti un livre à Marrakech, une paire de chaussures à Bangkok, deux tee-shirts en route. Chaque fois, l’arbitrage se déclenche de la même façon : l’objet est trop gros, trop lourd, ou il occupe une place que je veux donner à autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un câble ne déclenche rien. Il pèse le poids d’une poignée de pièces, il se plie, il se glisse dans un interstice, et il n’entre jamais en concurrence avec quoi que ce soit. Le seuil à partir duquel je me demande si un objet mérite sa place est situé quelque part au-dessus de la trousse entière, et très loin au-dessus de chacun de ses éléments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’accumulation ne vient pas d’un manque de discipline. Le tri des objets encombrants est un mécanisme automatique, et en dessous d’un certain volume il n’y a plus de mécanisme du tout.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-était-déjà-là-en-janvier&quot;&gt;Ce qui était déjà là en janvier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quatre objets ont traversé le vol, la traversée du détroit, la chaleur du printemps et deux mois d’Asie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rouleau de câbles maintenu par l’élastique de bureau, avec le câble blanc du téléphone, un câble en tissu tressé acheté au Portugal et deux câbles vers micro USB. L’un des deux sert encore, il charge l’enceinte à mousqueton. L’autre ne sert à rien depuis au moins deux ans et je serais incapable de dire quel appareil il alimentait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chargeur de téléphone bas de gamme acheté à Lisbonne deux semaines avant le vol. Toujours là, toujours en service, c’est lui qui charge le téléphone toutes les nuits. J’ai publié en juin un texte sur les chargeurs à nitrure de gallium. Je n’en ai pas acheté non plus, et le lecteur qui trouve ça contradictoire a raison sur le fond et tort sur la méthode : ce que j’écris là-bas, c’est ce que j’achèterais, pas ce que j’ai acheté. La distinction tient tout le site et elle est détaillée dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#comment-je-choisis&quot;&gt;comment je choisis&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’adaptateur de prise que je trimballe par superstition depuis quatre ans. Il a servi pour la première fois en avril, dans une chambre de Chiang Mai. Une fois en quatre ans, ce qui donne raison à la superstition et tort à tous les calculs que j’aurais pu faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souris, dont je parle plus bas parce qu’elle mérite sa propre section.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-est-monté-à-bord-en-route&quot;&gt;Ce qui est monté à bord en route&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trois objets, trois raisons ponctuelles, aucune décision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un câble USB C vers USB C acheté à Chiang Mai, en avril, parce que celui d’avant était devenu poisseux. Longueur annoncée sur l’emballage que j’ai gardé deux jours avant de le jeter : un mètre. Je ne l’ai pas vérifié à la règle et je n’ai pas de règle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un adaptateur USB C vers USB A, acheté à Taipei en mai pour brancher une clé qu’un type de la chambre d’à côté voulait me passer. Le transfert a duré quatre minutes. L’adaptateur est resté six semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un lecteur de cartes mémoire, celui-là je ne l’ai même pas acheté. Il était dans un tiroir d’une chambre de Hanoï, avec un chargeur et une chaussette, et je l’ai pris. Je n’ai pas d’appareil qui utilise une carte mémoire. Je l’ai pris quand même, et si tu veux comprendre comment une trousse grossit, tout est dans cette phrase.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-na-jamais-servi&quot;&gt;Ce qui n’a jamais servi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le deuxième câble micro USB. La clé USB, qui contient probablement une présentation de 2019 et que je n’ai pas branchée depuis assez longtemps pour ne plus savoir ce qu’il y a dessus. Le lecteur de cartes. L’adaptateur de Taipei, depuis le jour de son achat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre objets sur dix-neuf, et aucun des quatre n’a jamais été proche de sortir du sac, parce que sortir du sac demande qu’on y pense, et qu’on n’y pense que quand ça gêne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restent cinq câbles noirs à peu près identiques, de longueurs différentes, dont je serais incapable de dire lequel vient d’où. Je ne les compte pas dans les inutiles, puisque je ne sais pas ce qu’ils branchent. Je ne les compte pas non plus dans les utiles, pour la même raison.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-a-fondu&quot;&gt;Ce qui a fondu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le câble USB C d’origine de la machine, resté deux heures sur un rebord de fenêtre à Marrakech, en mars, pendant que je travaillais à l’autre bout de la pièce. La gaine a changé de texture. Elle est devenue collante et elle l’est restée, ce qui transforme un câble en aimant à poussière et en objet qu’on n’a plus envie de toucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fonctionne encore. Il est dans la trousse. Je l’ai gardé six semaines dans cet état avant d’en acheter un autre, et je n’ai jeté le collant qu’au moment d’écrire ce texte, ce qui fait de lui le seul objet de la journée dont le sort a été décidé par la rédaction d’un article.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-souris-et-ce-que-ça-donne-quand-on-regarde-enfin&quot;&gt;La souris, et ce que ça donne quand on regarde enfin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a une petite souris sans fil dans cette trousse, avec un récepteur planté dans une fente sous le capot. C’est la troisième du même modèle. J’ai déjà écrit ici que je les rachetais à l’identique sans jamais regarder ce qui existait d’autre, et j’ai écrit aussi que je devrais avoir honte de cette phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois plus tard, j’ai regardé. Une heure sur les fiches, ce qui est peu pour une famille entière et beaucoup pour un objet de ce prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j’y ai trouvé tient en une observation. La plupart des souris de voyage que j’ai regardées sont rechargeables, et c’est vendu comme un progrès. Sur une souris de bureau, ça en est probablement un. Dans une trousse à câbles, une souris rechargeable est un câble de plus, une charge à surveiller, et un objet qui peut s’arrêter au milieu d’un après-midi de travail dans un café où la prise est prise. La mienne fonctionne sur une pile qui dure des mois, et je m’en aperçois seulement maintenant que je compte les câbles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seule des candidates regardées n’annonce aucune recharge dans son libellé. C’est celle que j’ai retenue en haut de page, et je la retiens sur ce seul critère, qui est aussi le seul que je puisse vérifier sans l’avoir en main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rachat à l’identique était donc un bon réflexe. Il l’était par accident. Pendant trois exemplaires je n’ai pas su pourquoi j’avais raison, ce qui ne vaut pas mieux que d’avoir tort, et je le note ici plutôt que de me féliciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mot sur la troisième ligne, parce que le motif peut passer pour un jeu de mots. Le seul rangement qui trie est celui qui refuse quelque chose, et une pochette qui compte ses couches comme un argument de vente annonce d’avance qu’elle ne refusera rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai jeté trois objets ce soir-là dans la corbeille de la chambre : le câble collant, le deuxième micro USB et le lecteur de cartes mémoire. Le lendemain matin, avant de descendre, j’ai repris le lecteur de cartes dans la corbeille et je l’ai remis dans la trousse. Il y est encore. Je n’ai aucune explication à donner et je n’ai pas envie d’en fabriquer une.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Sans réseau, sans espèces, à trois kilomètres</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/sans-reseau-sans-especes-a-trois-kilometres/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/sans-reseau-sans-especes-a-trois-kilometres/</guid><description>Le téléphone affiche quatre barres et ne fait rien passer. La carte est valide et le terminal refuse. Rien n&apos;est cassé, et je finis à pied.</description><pubDate>Thu, 18 Jun 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Le van me laisse à quatorze heures trente sur un accotement de gravier, devant un abri en tôle et un panneau que je ne sais pas lire. C’est le bon arrêt. J’ai vérifié trois fois avec le chauffeur en lui montrant l’écran du téléphone, et il a hoché la tête trois fois, la dernière avec l’air de quelqu’un qui aimerait repartir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le village où je dors est à trois kilomètres. Je le sais parce que je l’ai lu la veille, à Tbilissi, dans une chambre où le wifi marchait, sur une carte que j’ai refermée sans y penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le téléphone affiche quatre barres. Soixante et un pour cent de batterie. Rien ne passe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-liste-de-ce-qui-va-bien&quot;&gt;La liste de ce qui va bien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je commence par là, parce que c’est cette liste qui rend l’après-midi intéressant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le téléphone s’allume, l’écran répond au doigt, la carte SIM est reconnue, le nom de l’opérateur s’affiche en haut à gauche avec ses quatre barres bien nettes. Le sac est fermé et complet, personne n’a mis la main dedans, ce qui n’est pas rien vu comment a commencé cette année. La carte bancaire est dans la poche de la veste, valide, non bloquée, utilisée le matin même dans une boulangerie de Tbilissi pour quelque chose de chaud dont je ne connais toujours pas le nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n’y a pas de panne. Aucun objet cassé, aucune batterie à plat, aucun circuit grillé, aucun vol. Tout ce que je transporte fonctionne comme le jour où je l’ai acheté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je suis quand même bloqué sur un accotement de gravier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-ne-passe-pas&quot;&gt;Ce qui ne passe pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La carte s’ouvre sur un carré gris. Il y a la route, dessinée en blanc, et un bout de rivière. Aucun nom, aucun village, rien de ce qui a été chargé au-delà du niveau de zoom auquel j’ai regardé cette zone il y a huit jours, dans un autre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’application de réservation s’ouvre sur sa coquille, avec un rond qui tourne au milieu et un message poli sur la vérification de la connexion. Je connais par cœur le nom du village et le prénom de la personne qui tient la maison. Le numéro de téléphone, lui, est derrière le rond qui tourne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi absent du carnet papier, où j’ai recopié le nom du village et le prénom, et rien d’autre. Je n’ai jamais noté ce numéro, parce qu’un numéro dans une application n’est pas un numéro. C’est un bouton.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-magasin&quot;&gt;Le magasin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y en a un à cinquante mètres, avec un réfrigérateur posé dehors et un homme derrière un comptoir qui regarde un téléviseur mural. Je prends de l’eau et deux choses à manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je présente la carte. Le terminal réfléchit quarante secondes, ce qui est très long quand on regarde un écran de terminal, puis affiche un refus sans motif. Deuxième essai, même durée, même refus. L’homme fait un geste vers l’appareil, paumes vers le haut, qui veut dire que ça ne vient pas de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma poche, il y a un billet trop gros pour ce que j’achète, deux pièces d’un pays que j’ai quitté il y a trois semaines et un ticket de bus. Je n’ai pas touché d’espèces depuis onze jours. Je n’ai rien décidé de tel, je n’y ai simplement pas pensé, comme on ne pense pas à respirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pousse la bouteille vers moi et fait un autre geste, que je traduis par plus tard. Peut-être que ça voulait dire autre chose. Je n’ai aucun moyen de le savoir et je ne vais pas inventer une jolie scène là-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;trois-kilomètres&quot;&gt;Trois kilomètres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux voitures garées devant le magasin. Je pourrais demander, et je pourrais payer, sauf que je ne peux pas payer. L’application qui commande une voiture demande la même chose que la carte et que la réservation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je marche. Cinquante minutes, parce que quarante litres sur le dos et une besace en travers ne se déplacent pas à la vitesse d’un homme qui se promène. La route n’a pas d’accotement sur le dernier kilomètre, donc je marche dans le gravier, et je m’écarte deux fois pour des camions qui n’avaient de toute façon pas l’intention de me toucher. Il fait chaud sans excès. Ce n’est pas une épreuve, c’est une contrariété longue, et la seule chose qui m’agace vraiment est de savoir que la sangle gauche a recommencé à glisser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maison est exactement où elle devait être. La personne est là, elle m’attendait, elle ne s’était pas inquiétée. Le wifi de la cuisine me rend la carte, la réservation et le numéro que je n’ai jamais eu besoin d’appeler.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-ça-ma-montré&quot;&gt;Ce que ça m’a montré&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J’avais trois solutions à ce problème et elles étaient parfaitement indépendantes les unes des autres. Une carte, un moyen de paiement, un moyen de transport. Trois applications, trois entreprises, trois logiques qui n’ont rien à voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles reposaient toutes sur la même chose, et je ne l’avais jamais vu écrit nulle part, parce que ce n’est écrit nulle part. Chacune se présente comme un outil autonome. Aucune n’affiche la liste de ce dont elle a besoin pour fonctionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La panne de réseau devient une panne de paiement, qui devient une panne de mobilité, et à aucun moment un objet ne tombe en panne. C’est la différence avec tout ce que j’ai raconté ici jusqu’à présent. Une machine cassée se répare ou se remplace, une machine volée se rachète en quatre jours. Là, il n’y a rien à réparer et rien à racheter. Le matériel est intact, complet, chargé, et il ne sert à rien pendant deux heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas en tirer un discours sur la dépendance au numérique. Tout le monde en a écrit un, ils se ressemblent tous, et ce que je refuse de faire sur ce site est détaillé dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-refuse&quot;&gt;ce que je refuse&lt;/a&gt;. Ce qui m’intéresse ici est plus étroit : j’ai une redondance qui n’en est pas une, elle a l’air d’une redondance, et le seul moment où on peut s’en rendre compte est celui où elle coûte quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-aurait-aidé&quot;&gt;Ce qui aurait aidé&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux lignes dans le carnet papier. Le numéro de la maison, recopié la veille pendant que le wifi marchait, à côté du nom du village que j’avais pris la peine d’écrire. Ça prend quinze secondes et je ne l’ai pas fait, parce que j’avais le numéro sous les yeux au moment où j’écrivais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La carte de la zone téléchargée à l’avance. Je le fais pour les villes où je vais rester, jamais pour les cent kilomètres de route entre deux villes, alors que c’est exactement là qu’il n’y a rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n’aurait rien changé, et je le mets ici parce que c’est ce que j’aurais acheté par réflexe : une deuxième carte bancaire, un téléphone plus récent, un chargeur supplémentaire. Le terminal ne me demandait pas de carte. Il ne me demandait rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain matin, la personne qui tient la maison m’a montré un chemin qui part derrière l’appentis, descend entre deux jardins et rejoint la route en huit cents mètres. C’est par là que tout le monde monte. Ça ne fait pas trois kilomètres, ça en fait moins d’un, et ce chemin n’apparaît sur aucune des cartes que j’avais dans le téléphone, y compris sur celles qui fonctionnaient.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Le courant n&apos;est pas une constante</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/le-courant-nest-pas-une-constante/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/le-courant-nest-pas-une-constante/</guid><description>Un orage a mangé ma multiprise en mai et tout ce qui était branché derrière a survécu. Deux mois pour comprendre ce que ça ne prouve pas.</description><pubDate>Thu, 11 Jun 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Le soir où c’est arrivé, je travaillais à la table de l’appartement que je loue au mois. Le plafonnier a faibli. Pas éteint, juste baissé d’un cran pendant une seconde, puis remonté. Ça s’est produit quatre ou cinq fois en deux heures, sans que rien d’autre ne bouge dans la pièce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La machine ne s’est aperçue de rien. L’écran n’a pas cligné et la session n’a pas sauté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain matin, le petit chargeur mural sans marque que j’avais acheté en route ne chargeait plus rien. Deux ports, plus de diode, plus de chaleur. Je l’ai essayé sur trois prises différentes de l’appartement avant d’admettre que le problème n’était pas la prise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-je-ne-peux-pas-te-dire&quot;&gt;Ce que je ne peux pas te dire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que le courant l’a tué.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai aucun relevé, aucune trace, aucun instrument, et aucun moyen de savoir ce qui est passé dans cette ligne pendant que je regardais le plafonnier. J’ai une coïncidence de douze heures entre deux événements, et une coïncidence n’a jamais fait une cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’en tire rien non plus sur le réseau électrique d’un pays. J’ai une prise, un soir, dans un appartement dont j’ignore l’âge et le câblage. Écrire une phrase générale à partir de ça serait le genre de raccourci que je passe mon temps à démonter chez les autres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;comment-je-men-suis-sorti&quot;&gt;Comment je m’en suis sorti&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mal, et lentement, ce qui est la réponse la plus fréquente à cette rubrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai rien racheté sur place. Pendant trois jours, tout est passé par les ports de l’ordinateur, un appareil après l’autre, le téléphone pendant que je travaillais, le casque le soir. Ça marche. C’est simplement une file d’attente, et il faut penser à la faire avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai coût n’était pas là. Il était dans le fait que je regardais désormais le plafonnier au lieu de regarder l’écran.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-javais-laissé-en-plan-en-mai&quot;&gt;Ce que j’avais laissé en plan en mai&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux mois plus tôt, &lt;a href=&quot;/fr/carnet/lorage-de-chiang-mai-a-mange-ma-multiprise/&quot;&gt;l’orage de Chiang Mai a mangé ma multiprise&lt;/a&gt;. Le bloc est mort dans la nuit. L’ordinateur, le téléphone et le casque, tous les trois branchés derrière, n’ont rien eu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’avais raconté l’épisode en laissant la question ouverte, parce que je n’avais pas la réponse et que je n’allais pas la fabriquer : est-ce que ce bloc m’a protégé, ou est-ce qu’il a été la pièce la moins chère de la chaîne, celle qui cède en premier parce qu’elle est la plus fragile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis allé lire, deux mois après. La réponse honnête tient en une phrase. Les deux lectures sont compatibles avec ce que j’ai constaté, et rien de ce que j’ai constaté ne permet de choisir entre elles. Un bloc qui meurt en protégeant et un bloc qui meurt le premier produisent la même scène au réveil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est frustrant à écrire et c’est la seule chose vraie que j’aie à dire sur cette nuit-là.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;trois-menaces-et-un-vocabulaire-qui-les-mélange&quot;&gt;Trois menaces, et un vocabulaire qui les mélange&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce que la lecture m’a apporté, en revanche, c’est que je posais mal la question. Il n’y a pas une menace électrique, il y en a au moins trois, et les objets vendus pour y répondre ne s’adressent pas à la même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pointe brève.&lt;/strong&gt; Une élévation de tension qui dure très peu de temps et qui passe dans la ligne. C’est la seule chose qu’une multiprise dite parasurtenseur annonce traiter. C’est aussi la seule des trois qui tienne dans un sac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le coup direct.&lt;/strong&gt; En français, le mot parafoudre désigne d’abord un dispositif d’installation fixe, posé dans un tableau électrique par quelqu’un dont c’est le métier. Il ne se transporte pas, je n’ai rien à en dire ici et je ne donnerai aucun conseil d’installation. Ce qui m’intéresse, c’est que le mot voyage. Il se retrouve dans le libellé d’une multiprise de bureau vendue en ligne, et ce trajet-là n’est pas anodin, parce qu’il fait croire à l’acheteur qu’il achète la protection du tableau dans un objet à poser sur une table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le manque.&lt;/strong&gt; La tension qui baisse et remonte, la coupure d’une seconde, le plafonnier qui faiblit. Aucun des quatre objets que j’ai regardés n’annonce quoi que ce soit contre ce cas. Ce qui le traite est un appareil à batterie interne qui prend le relais, il porte un autre nom, il pèse un autre poids, et je ne le transporte pas. Je n’en recommande aucun ici, je n’en ai relevé aucun, et je préfère te dire que la catégorie existe plutôt que de faire comme si ma multiprise couvrait le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-vocabulaire-fait-le-travail-que-la-donnée-ne-fait-pas&quot;&gt;Le vocabulaire fait le travail que la donnée ne fait pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur les quatre libellés que j’ai relevés, l’un annonce une protection contre les surtensions, un autre emploie le mot parafoudre, un troisième ne promet aucune protection du tout, et le quatrième vend douze ports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun des quatre ne publie de valeur d’absorption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu trouveras des chiffres en joules partout sur cette catégorie, dans les comparatifs comme dans les commentaires. Je n’en écrirai pas un seul, parce que je n’en ai relevé aucun sur les fiches que j’ai ouvertes, et qu’un nombre sans provenance ne vaut rien du tout. Une valeur non sourcée ne vaut pas mieux qu’une absence. Elle est seulement plus rassurante, ce qui la rend pire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;larithmétique-des-douze-ports&quot;&gt;L’arithmétique des douze ports&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le quatrième candidat annonce douze ports et cinquante watts. Les deux nombres sont sur la même ligne du libellé, et il suffit de les lire ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinquante watts se partagent entre ce qui est branché. Un ordinateur portable, à lui seul, en réclame une part telle qu’il ne reste plus grand-chose pour les onze autres. Douze ports n’est pas une capacité, c’est un nombre de trous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est l’élimination la plus rapide de ce site depuis six mois. Elle n’a demandé aucune expertise, juste de lire la fin du libellé après en avoir lu le début.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-jai-retenu-et-ce-que-ça-ne-règle-pas&quot;&gt;Ce que j’ai retenu, et ce que ça ne règle pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le modèle que je retiens annonce six prises, quatre ports USB et une protection contre les surtensions, dans un format présenté comme un chargeur de voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six prises, c’est deux de trop pour moi. Je n’ai jamais eu six choses à brancher en même temps, et un objet de bureau qu’on emporte en voyage traîne toujours du volume inutile. Je le retiens quand même, parce qu’il est le seul des quatre à annoncer une protection dans un format qui accepte d’être transporté, et que le choix se fait entre ce qui existe, pas entre ce que j’aimerais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que ça ne règle pas : le soir du plafonnier. Rien de ce que je peux mettre dans un sac de quarante litres ne traite le cas d’une tension qui baisse et qui remonte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun de ces trois motifs ne demande d’avoir branché quoi que ce soit. Ils demandent de lire une fiche en entier, et le détail de la méthode est dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#comment-je-choisis&quot;&gt;comment je choisis&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun &lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt; dans ce tableau, et aucun &lt;strong&gt;T&lt;/strong&gt;. Je n’ai branché aucun de ces objets, je ne possède pas d’instrument de mesure électrique, et je ne transformerai pas une ligne de libellé en relevé personnel. Ce tableau compare des promesses, pas des performances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chargeur mort est resté trois semaines dans la trousse à câbles. Je le retrouvais chaque fois que je l’ouvrais, je le prenais, je le reposais. Pas par sentimentalité. Je n’arrivais pas à décider s’il était la preuve de quelque chose ou juste un objet bon marché arrivé au bout de sa vie, et tant que je ne décidais pas, le jeter revenait à trancher. Il a fini dans une poubelle de station-service, en sortant de la ville, ce qui est la façon dont finissent la plupart des questions qu’on ne tranche pas.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Le stérilisateur à ultraviolets et ses quatre concurrents</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/inutile/le-sterilisateur-a-ultraviolets/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/inutile/le-sterilisateur-a-ultraviolets/</guid><description>Cinq objets d&apos;une même famille, cinq éliminations, un verdict sur la famille entière. Aucune fiche ne dit comment tu saurais qu&apos;il s&apos;est passé quelque chose.</description><pubDate>Fri, 05 Jun 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Dans la cuisine commune de l’immeuble où je loue une chambre, un type a posé son téléphone dans une boîte blanche de la taille d’un livre de poche. Il a refermé le couvercle. Une ligne bleue s’est allumée sur le côté. Il est allé faire son café, il est revenu, il a repris son téléphone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste était calme et assuré. Ni lui ni moi n’avons su ce qui s’était passé dans la boîte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-je-nécrirai-pas&quot;&gt;Ce que je n’écrirai pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que ça marche. Ni que ça ne marche pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux phrases demandent la même chose : une étude, avec sa date, son protocole et son échantillon. Je n’en ai aucune, et une affirmation rassurante ou moqueuse sans source serait précisément ce que ce site reproche à tout le monde. La règle est dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-refuse&quot;&gt;ce que je refuse&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je peux faire, c’est ouvrir cinq fiches. Ce qu’elles n’annoncent pas est la vraie surprise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-trois-boîtiers-rigides&quot;&gt;Les trois boîtiers rigides&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trois des cinq candidats sont des boîtes à couvercle, dont deux ajoutent une charge sans fil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le volume, justement. Un sac de quarante litres n’a aucun espace constant. Tout ce qui y entre accepte d’être écrasé, roulé, glissé entre deux choses molles. Une boîte à charnière refuse ce contrat. Elle réclame son gabarit tous les jours, y compris ceux où elle ne sert pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il leur faut aussi du courant. Et la charge sans fil, je l’ai déjà dans le sac sous une forme qui pèse le poids d’un paquet de chewing-gums.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-deux-sacs-souples&quot;&gt;Les deux sacs souples&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ceux-là passent la première condition. Un sac se roule, se glisse contre une paroi du bagage, et il ne coûte rien quand il ne sert pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils butent sur la deuxième. Un émetteur d’ultraviolets ne fonctionne pas sans énergie, et l’énergie se compte en prises. J’ai passé une journée de correspondances avec une seule prise, dans un hall de gare routière, et elle valait plus cher que tout ce que j’aurais pu y brancher.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-donnée-que-personne-ne-publie&quot;&gt;La donnée que personne ne publie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit le modèle, l’usage se résume à une durée : le temps pendant lequel le téléphone est enfermé, hors de ta main, injoignable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun des cinq libellés relevés ne la publie. C’est pourtant elle qui décide si l’objet sert une fois par jour ou une fois par mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun ne publie de protocole non plus. Ni distance, ni durée, ni ce qu’il advient de la face posée contre le fond. Je ne dis pas que ces appareils sont sans effet. Je dis qu’aucune de ces cinq fiches ne fournit le moyen de le savoir, et c’est ça, mon motif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq lignes, cinq sorties, et pas une qui parle de microbiologie. Je n’en avais pas besoin, et c’est ce qui rend le verdict solide.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-filtre-de-la-rubrique&quot;&gt;Le filtre de la rubrique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quatre conditions, les quatre obligatoires.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Ça tient dans un sac de quarante litres. Les deux sacs souples, oui. Les trois boîtiers, non.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ça passe en cabine. Oui, pour les cinq, sous réserve des batteries embarquées.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ça coûte moins d’une cinquantaine d’euros. Pour les sacs souples, oui. Pour les boîtiers à charge intégrée, non, et je ne tranche pas sur des prix que je ne cite pas.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;C’est objectivement ridicule et ça résout un problème réel. Ridicule, sans discussion. Réel, je ne peux pas l’établir, et personne ne me donne les moyens de le faire.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C’est la quatrième condition qui décide. Un problème dont je ne peux pas décrire les contours n’est pas un problème que je peux te dire de résoudre par un achat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Verdict : non. Sur la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours plus tard, j’ai croisé le type de la cuisine et je lui ai demandé comment il savait que la boîte avait fait quelque chose. Il a réfléchi une seconde et m’a répondu qu’elle faisait un bip à la fin. C’est une réponse honnête, et la seule dont il dispose. Ce n’est pas lui qui l’a inventée, c’est tout ce que la fiche lui a donné.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Onze heures d&apos;escale à Istanbul avec un oreiller gonflable</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/inutile/onze-heures-descale-avec-un-oreiller-gonflable/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/inutile/onze-heures-descale-avec-un-oreiller-gonflable/</guid><description>Onze heures dans un terminal de transit, des accoudoirs soudés à la structure, et un objet que tout le monde juge en avion, là où il ne sert à rien.</description><pubDate>Fri, 29 May 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Onze heures entre le vol qui m’a déposé et celui qui devait me reprendre. Terminal de transit, pas de visa, pas de bagage à récupérer, rien à faire que de rester du bon côté d’une ligne peinte au sol.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-première-heure-ne-compte-pas&quot;&gt;La première heure ne compte pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tu marches. Tu trouves les écrans, tu repères les prises et les toilettes, tu achètes quelque chose de chaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai fait le tour du hall deux fois, sac sur le dos. Onze heures, c’était une journée de travail, et une journée de travail, je savais faire. J’y croyais encore.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;heures-deux-à-quatre&quot;&gt;Heures deux à quatre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bonnes, toutes les trois. Siège contre une prise, machine ouverte, casque sur la tête. J’ai même relu deux textes que je repoussais depuis Taipei.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La batterie de la machine tenait largement. C’est la mienne qui a lâché la première, vers la fin de la quatrième heure, sans prévenir, comme quand on éteint une lampe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-cinquième-heure-et-la-géométrie-du-siège&quot;&gt;La cinquième heure, et la géométrie du siège&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les rangées de ce hall sont en modules de quatre, accoudoirs fixes, soudés à la structure. L’accoudoir n’est pas un oubli du fabricant. Il figure au cahier des charges : personne ne commande un terminal où l’on s’allonge, et l’accoudoir est la façon polie de le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu restes assis. Ton corps cherche à basculer, et il n’a que deux directions. Vers l’avant, et la tête part chercher les genoux. Sur le côté, et elle rencontre un accoudoir qui arrive à hauteur de hanche, jamais plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est la seule chose que j’ai apprise cette nuit-là, et elle ne concerne aucun produit : un siège de terminal est dessiné pour être occupé, jamais pour être quitté.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;heure-six-lobjet-entre&quot;&gt;Heure six, l’objet entre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux rangées devant moi, quelqu’un a sorti de sa poche de veste une chose qui tenait dans une main. Cinq souffles. Un tour derrière la nuque. Plus un mouvement pendant les deux heures suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai pas de meilleure donnée que ça. Je n’ai pas touché cet objet, et j’ignore ce que valait son sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j’ai regardé, c’est la géométrie. L’objet remplissait le vide entre l’épaule et l’oreille, celui que ni l’accoudoir ni le dossier ne remplissent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-mauvais-contexte&quot;&gt;Le mauvais contexte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que j’ai lu sur les oreillers de voyage les évalue en vol. C’est logique, c’est là qu’on les vend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vol, l’objet est médiocre et je ne plaiderai pas l’inverse. Tu as un dossier qui s’incline, une paroi côté hublot, une épaule de voisin si tu es malchanceux et lui aussi. Ta tête dispose de trois surfaces, l’oreiller arrive quatrième.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sol, aucune de ces surfaces n’existe. Le dossier est droit et fixe, il n’y a pas de paroi derrière une rangée posée au milieu d’un hall, et le voisin est un inconnu. L’objet passe de quatrième à premier sans avoir changé d’un gramme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est la bascule qu’aucun comparatif ne fait : un comparatif classe des produits, jamais des situations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;heures-sept-à-dix&quot;&gt;Heures sept à dix&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai pas dormi. J’ai lu, j’ai marché le grand couloir, j’ai regardé une équipe de nettoyage refaire le même carré. Vers quatre heures, j’ai sorti le carnet papier et noté ce que je ferais autrement. La première ligne : trouver quoi mettre entre l’épaule et l’oreille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois sorties, un retenu, et je serai franc : il gagne parce que sa fiche promet trois objets dans une pochette quand les autres n’annoncent rien de vérifiable. Argument de contenu, pas de qualité. Aucun de ces motifs ne demande d’avoir dormi dessus, méthode expliquée dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-ne-teste-pas&quot;&gt;ce que je ne teste pas&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-filtre-de-la-rubrique&quot;&gt;Le filtre de la rubrique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quatre conditions, les quatre obligatoires.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Ça tient dans un sac de quarante litres. Dégonflé, oui. Personne ne le range plein d’air.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ça passe en cabine. Oui, du tissu et de l’air.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ça coûte moins d’une cinquantaine d’euros. Oui, largement.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;C’est objectivement ridicule et ça résout un problème réel. Ridicule deux fois : par sa forme, et parce qu’il faut souffler dedans devant deux cents personnes. Réel, mais pas là où on te le vend.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C’est la dernière ligne qui décide. Défendable, à condition de savoir pour quelle heure de quelle journée tu l’achètes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À l’embarquement, la personne des deux rangées devant moi a ouvert la valve, écrasé l’objet entre ses mains et l’a remis dans sa poche. Deux secondes. C’est ce geste qui a décidé du verdict, pas la nuit : ce que cette famille vend, ce n’est pas du sommeil, c’est de la réversibilité. Un objet qui disparaît quand il ne sert plus n’a pas besoin d’être bon, il a besoin de ne rien coûter le reste du temps.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Six chargeurs, une journée, cinq éliminations</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/six-chargeurs-une-journee-cinq-eliminations/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/six-chargeurs-une-journee-cinq-eliminations/</guid><description>Une journée à Séoul remplace la grille de critères. Chaque heure disqualifie un candidat pour un motif différent. Quatre références, deux familles, un retenu.</description><pubDate>Thu, 21 May 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;J’ai commencé cet article par un tableau, comme tout le monde. Une colonne puissance, une colonne ports, une colonne poids, une colonne sigles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai tenu vingt minutes. Ce qui m’a arrêté, c’est la colonne suivante, celle que je n’arrivais pas à remplir et qui s’appelait « ça sert quand ». Les quatre premières venaient du même endroit : la fiche du vendeur. Chaque ligne d’une grille est une affirmation de quelqu’un qui a un produit à écouler, et je les alignais bien sagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai pris une journée à Séoul et je m’en suis servi de grille. Les lieux ne vendent rien, eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une précision avant de commencer, parce que le titre annonce six candidats et que je n’ai pas six fiches. Quatre existent sous une référence précise, ouverte et relevée le 11 août 2026. Les deux autres sont des familles entières, écartées en amont, sans que je regarde un seul modèle. Elles comptent dans mes six et elles n’ont pas de source produit, ce qui est exactement pour ça que je te le dis maintenant plutôt qu’en note de bas de page.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;7-h-10-la-chambre&quot;&gt;7 h 10, la chambre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une prise murale. Une seule, derrière la tête de lit, à trente centimètres du sol, accessible en s’agenouillant sur le matelas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux appareils à remplir avant de sortir, et une heure vingt pour le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Première élimination, et c’est une famille : les chargeurs à un port.&lt;/strong&gt; Avec une prise unique et un créneau court, chaque port manquant est un appareil qui attend son tour. Le chargeur d’origine de mon ordinateur appartient à cette famille. Il est dans mon sac, il fonctionne très bien, et c’est le seul objet de tout cet article dont je peux parler de première main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette élimination ne vise aucun modèle et ne repose sur aucune fiche. Elle repose sur une prise et sur une heure de départ.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;8-h-40-le-café&quot;&gt;8 h 40, le café&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une salle en longueur, des tables contre le mur, une prise au sol tous les trois mètres. Deux clients ont déjà branché quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxième élimination : le modèle à quatre ports vendu avec un câble de deux mètres.&lt;/strong&gt; La fiche annonce ce câble comme un élément inclus, un argument de vente (libellé relevé le 11 août 2026). Dans un café à prises au sol, deux mètres de câble entre la prise et la table, c’est un fil tendu en travers d’un passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La longueur n’est pas un défaut en soi, elle l’est ici, et « ici » est justement ce qu’aucun tableau ne contient. J’ai déjà fait tomber une tasse de cette façon.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;11-h-une-salle-de-travail-partagée&quot;&gt;11 h, une salle de travail partagée&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Grande table, une multiprise au milieu, six blocs déjà branchés dessus qui se disputent la place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisième élimination : le modèle cent watts à trois ports.&lt;/strong&gt; Son libellé annonce la composition : deux types de connecteurs, dont un de l’ancienne génération rectangulaire (libellé relevé le 11 août 2026). Un port sur trois occupé par un connecteur que je n’utilise plus sur aucun de mes appareils, sauf un vieux câble d’enceinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le libellé annonce aussi cent watts au total, sans publier ce que chaque port délivre quand deux appareils sont branchés ensemble. Cette répartition est la seule donnée qui m’intéresse et aucune des quatre fiches relevées ne la publie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne prétends pas savoir ce que ce chargeur délivre réellement. Je n’ai rien branché et rien mesuré. Je constate une absence sur une page de vente, ce qui est un fait beaucoup plus modeste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;15-h-la-trousse&quot;&gt;15 h, la trousse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rien de spécial à cette heure-là, sauf que je refais mon sac avant de repartir et que la trousse à câbles est ouverte sur le lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatrième élimination : le modèle à quatre ports en nitrure de gallium.&lt;/strong&gt; Son libellé aligne quatre sigles techniques et une puissance totale (relevé le 11 août 2026). Quatre ports n’ont d’intérêt que si quatre câbles les accompagnent, et ces quatre câbles vivent dans une trousse que je transporte tous les jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chargeur pèse ce qu’il pèse. Ce sont les câbles qui font le volume, et un chargeur se choisit avec sa trousse ou ne se choisit pas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;19-h-retour-dans-la-chambre&quot;&gt;19 h, retour dans la chambre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le moment de la journée où tout se recharge en même temps, et le seul où j’ai vraiment besoin de plusieurs ports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinquième élimination, et c’est la deuxième famille : les blocs qui cumulent prise murale et batterie intégrée.&lt;/strong&gt; L’idée est séduisante sur le papier. Elle place une cellule lithium dans un objet qui reste branché toute la nuit, et elle transforme mon chargeur en batterie externe, avec les règles qui vont avec. Le groupe Lufthansa, dont j’ai parlé au printemps, interdit l’usage des batteries externes en vol depuis le 15 janvier 2026. Un objet qui change de catégorie réglementaire pour me faire gagner une prise, ça ne me tente pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Là encore, aucune fiche derrière ce refus. Une famille, un raisonnement, et je préfère l’écrire ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;22-h-ce-qui-reste&quot;&gt;22 h, ce qui reste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un candidat. Trois ports, soixante-cinq watts annoncés, nitrure de gallium.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il gagne par soustraction, et je ne vais pas maquiller ça en enthousiasme. Aucun des cinq motifs de rejet ne s’applique à lui : trois ports plutôt qu’un, aucun câble long imposé dans la boîte, aucun connecteur ancien annoncé dans son libellé, trois câbles seulement à transporter, aucune batterie à l’intérieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses que je ne sais pas. Son libellé n’annonce pas de connecteur ancien, ce qui ne garantit pas qu’il n’y en ait aucun. Et sa répartition de puissance entre les trois ports n’est pas publiée, exactement comme chez les trois autres : ce défaut est commun aux quatre, ce qui le rend inutilisable comme motif d’élimination.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;pourquoi-une-journée-plutôt-quune-grille&quot;&gt;Pourquoi une journée plutôt qu’une grille&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C’est le seul article de ce carnet où la méthode m’intéresse plus que l’objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grille compare des produits entre eux, avec des lignes fournies par les vendeurs. Une journée compare des produits à des endroits, et les endroits ne vendent rien. La prise derrière la tête de lit, la prise au sol du café, la multiprise saturée de la salle de travail, la trousse ouverte sur le lit : aucun de ces quatre éléments ne figure dans une fiche produit, et tous les quatre ont éliminé quelqu’un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La limite de la méthode est évidente. Ma journée n’est pas la tienne : si tu travailles huit heures au même bureau avec quatre prises sous la table, ma quatrième élimination ne vaut rien chez toi, et le modèle à quatre ports devient probablement le bon choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux éliminations manquent dans ce tableau, celles des chargeurs à un port et des blocs à batterie intégrée. Elles n’y figurent pas parce qu’elles ne visent aucune référence et qu’un motif sans source n’a rien à faire dans cette colonne de droite. Elles comptent quand même dans mes six.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun &lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt; dans ce tableau, et il n’y en aura pas. Mesurer une puissance délivrée demande un instrument entre la prise et l’appareil, je n’en ai pas, et recopier un nombre de fiche en le présentant comme un relevé serait exactement ce que ce site existe pour signaler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois questions restent ouvertes parce que je n’achète pas quatre chargeurs pour en garder un, et le détail de la méthode est dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#comment-je-choisis&quot;&gt;comment je choisis&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;Le soir même, j’ai vidé la trousse à câbles sur le lit et j’ai compté. Cinq câbles pour quatre appareils. Le cinquième va sur une enceinte que j’ai remplacée deux fois depuis, avec un connecteur que plus rien chez moi n’utilise, et je le transporte de pays en pays depuis probablement deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre de ports dont j’ai besoin n’est pas fixé par le nombre de mes appareils. Il est fixé par le nombre de câbles que j’accepte de porter, et ce nombre-là, je viens de découvrir que je ne le contrôlais pas du tout.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Trois jours à l&apos;économie, sous un typhon</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/trois-jours-a-leconomie-sous-un-typhon/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/trois-jours-a-leconomie-sous-un-typhon/</guid><description>Rien n&apos;a cassé. C&apos;est le courant qui a manqué, trois jours, et il a fallu décider quel appareil méritait les pourcents qui restaient.</description><pubDate>Thu, 14 May 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Aucun appareil n’est tombé en panne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence par là parce que c’est le contraire de ce que j’écris d’habitude quand je parle d’électricité. Le mois précédent, à Chiang Mai, une multiprise avait rendu l’âme dans un claquement sec et une odeur de plastique chaud qui reste dans une chambre pendant deux jours. Là, rien. Pas une odeur, pas un fusible, pas un boîtier tiède.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout mon matériel fonctionnait parfaitement, et c’est précisément ce qui rendait la situation bête. J’avais six objets en état de marche et plus rien pour les remplir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-sest-passé&quot;&gt;Ce qui s’est passé&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le typhon a été annoncé plusieurs jours avant. Je ne vais pas te donner de chiffres météo, je n’en ai relevé aucun et je ne vais pas recopier ceux d’un site pour faire sérieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j’ai vu, moi, tient en peu de choses. La supérette du coin de la rue avait un rayon vide et un rayon plein, et je n’ai pas su lire lequel des deux était le signal. Les volets métalliques de la rue sont descendus dans l’après-midi, les uns après les autres, avec un bruit que j’entends encore. Vers dix-neuf heures, le courant est parti dans l’immeuble et il est revenu soixante-dix heures plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai jamais été en danger, je n’ai manqué de rien d’essentiel, et cet article ne contient aucun récit de survie. Je suis resté dans une chambre à faire des divisions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;linventaire-du-soir&quot;&gt;L’inventaire du soir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Première réaction, allumer tous les écrans pour savoir où j’en suis. Deuxième réaction, une seconde plus tard, comprendre que c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai relevé les niveaux une seule fois, et je les ai écrits sur le carnet papier. Pas par romantisme. Parce que tenir une liste dans un téléphone suppose de rallumer le téléphone pour la relire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’ordinateur était aux trois quarts. Le téléphone un peu au-dessus de quarante pour cent, ce qui était ma faute et pas celle du typhon. Le casque affichait quelque chose autour de la moitié. La vieille tablette à projecteur, douze pour cent, ce qui la sortait du jeu immédiatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’enceinte Bluetooth à mousqueton, elle, n’a pas de jauge. Elle a une voix qui annonce un jour que la batterie est faible, et avant ce jour tu ne sais rien. J’en suis à mon troisième exemplaire de ce modèle et je découvre seulement maintenant que je n’ai jamais su combien il lui restait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Additionne ces pourcents, ça paraît confortable. Répartis-les, ça ne l’est plus, parce qu’un pourcent ne se déplace pas d’un appareil à l’autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;lexception-trouvée-le-deuxième-jour&quot;&gt;L’exception, trouvée le deuxième jour&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un appareil peut en remplir un autre. L’ordinateur alimente le téléphone par le connecteur que les deux partagent, et il contient de loin la plus grosse réserve de la pièce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l’ai su le deuxième jour. J’ai la machine depuis février, je l’utilise tous les jours, et il m’a fallu une coupure de courant pour regarder l’objet le plus cher de mon sac comme un réservoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce transfert coûte quelque chose. La machine se réveille, l’écran s’allume une seconde, et une partie de l’énergie se perd en chemin. Combien, je n’en sais rien. Je n’ai pas d’instrument, et je ne vais pas inventer un rendement pour faire joli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je peux dire, c’est que l’objet dont je me suis le moins servi en trois jours est celui qui a fait le plus de travail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-réseau-existait-et-ne-servait-à-rien&quot;&gt;Le réseau existait et ne servait à rien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La donnée mobile n’a jamais complètement disparu. Elle était là, affichée, avec des barres. Entre le milieu de l’après-midi et le milieu de la nuit, elle ne transportait rien d’utilisable. Vers quatre heures du matin, tout passait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’explique pas ce phénomène, je le constate sur trois jours et sur un seul téléphone, dans un seul quartier. Ça ne fait pas une donnée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point matériel, en revanche, m’a coûté cher. Mon téléphone s’est vidé plus vite qu’un jour normal en faisant beaucoup moins de choses. J’ai passé une heure et demie, le premier soir, à attendre que des messages partent, écran allumé, à regarder une roue tourner. C’est la dépense la plus stupide des trois jours et je l’ai faite en toute conscience.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-classement-qui-sest-imposé&quot;&gt;Le classement qui s’est imposé&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le deuxième jour, j’avais un ordre. Il ne ressemble pas à ce que j’aurais écrit à froid.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Le téléphone.&lt;/strong&gt; Pas parce qu’il fait le plus de choses, parce qu’il est le seul à recevoir quelque chose de l’extérieur.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;L’ordinateur.&lt;/strong&gt; Réservoir. Ouvert deux fois en trois jours, et jamais pour travailler.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Les écouteurs filaires.&lt;/strong&gt; Zéro pourcent consommé, et c’est leur seule qualité dans cette histoire.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;Le casque.&lt;/strong&gt; Sa réduction de bruit est du confort, et le confort a été la première ligne coupée.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;L’enceinte.&lt;/strong&gt; Elle ne rend rien qu’un autre appareil ne rende déjà. Restée éteinte.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;strong&gt;La tablette à projecteur.&lt;/strong&gt; Douze pour cent, un projecteur, un mur blanc et aucune raison.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ce classement ne suit ni le prix des objets, ni la place qu’ils occupent dans mes journées normales. Il suit une seule question : qu’est-ce que cet appareil me rend, en échange de ce qu’il consomme, dans les trois prochaines heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est un arbitrage que personne ne prépare, moi le premier, et je fais pourtant ce métier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-aurait-aidé&quot;&gt;Ce qui aurait aidé&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pas un objet. C’est la conclusion la moins vendeuse possible et c’est celle que j’ai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui aurait aidé, c’est de connaître mes propres nombres. Combien d’heures mon téléphone tient en veille avec un réseau faible, je ne le savais pas avant et je ne le sais qu’approximativement maintenant. Que ma machine puisse alimenter le reste, je l’ai découvert avec six mois de retard. Que mon enceinte n’ait aucune jauge, je l’ai appris à un moment où l’information était devenue inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La batterie externe dont j’ai parlé au printemps, je ne l’ai toujours pas achetée, et ces trois jours ne me font pas changer d’avis dans l’urgence. Ils m’ont simplement donné la question que je poserai avant d’en acheter une, et cette question ne porte pas sur la capacité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions restent ouvertes, et ce que je m’interdis de conclure d’un épisode unique est écrit dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-refuse&quot;&gt;ce que je refuse&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;Le courant est revenu un peu avant minuit, le troisième jour. Le climatiseur a émis trois bips, la lampe du couloir s’est allumée, et je n’ai rien ressenti de particulier parce que tous mes appareils étaient éteints depuis des heures et que personne n’était là pour fêter quoi que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis levé, j’ai branché la machine, et j’ai regardé la file d’attente : une prise murale accessible dans la chambre, cinq objets à remplir, et un ordre à décider une seconde fois dans la même semaine. J’ai pris le carnet et j’ai commencé une liste que j’ai fini d’écrire deux semaines plus tard, à Séoul.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Le sac cabine que tout le monde conseille, et que je laisse</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/le-sac-cabine-que-je-laisse/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/le-sac-cabine-que-je-laisse/</guid><description>Le format 40 x 30 x 20 est le gabarit d&apos;une compagnie, pas un standard. Vingt-quatre litres annoncés, un texte européen qui n&apos;est pas voté, aucun achat.</description><pubDate>Thu, 07 May 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;À Taipei, dans une laverie ouverte sur la rue, j’ai compté trois fois le même sac en une heure. Même silhouette de caisse, mêmes sangles de compression sur les flancs, même façon de tenir debout tout seul quand on le pose par terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois personnes qui ne se connaissaient pas et qui avaient lu les mêmes pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je les ai lues aussi. Depuis six mois, chaque fois que je cherche quoi que ce soit sur le bagage cabine, je retombe sur le même chiffre, servi du même ton, avec l’assurance qu’on réserve d’habitude aux normes internationales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;doù-vient-le-chiffre&quot;&gt;D’où vient le chiffre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quarante centimètres, trente, vingt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le libellé de l’un de ces sacs annonce ces trois dimensions, une contenance de vingt-quatre litres, et cite deux compagnies aériennes par leur nom (fiche produit, relevée le 11 août 2026). Le vendeur est plus franc que la moitié des pages qui le recommandent. Il dit à quel gabarit son produit répond, et il ne prétend nulle part que ce gabarit vaut ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce format est la règle d’embarquement d’une compagnie. Personne ne l’a votée, et une autre compagnie peut publier demain trois autres nombres sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un objet dimensionné sur la règle d’un seul vendeur de billets l’annonce rarement dans son titre. Celui-là le fait, et c’est aussi le motif principal pour lequel je passe mon tour.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;vingt-quatre-litres-ou-le-volume-de-la-boîte&quot;&gt;Vingt-quatre litres, ou le volume de la boîte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Prends les trois nombres annoncés sur la fiche et multiplie-les. Quarante par trente par vingt, ça fait vingt-quatre mille centimètres cubes. Vingt-quatre litres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est exactement la contenance que le libellé annonce (fiche produit, volume relevé le 11 août 2026).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que le vendeur appelle une contenance est le volume du parallélépipède dans lequel le sac doit rentrer. Un sac réel a des parois, des coutures, une fermeture éclair qui court sur trois côtés, un dos rembourré et des angles arrondis parce qu’aucun tissu ne fait un angle droit parfait. Tout cela se prend sur les vingt-quatre litres. Aucune des fiches que j’ai relevées ne publie de volume utile distinct du volume extérieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon sac fait quarante litres annoncés par son fabricant, valeur que je n’ai jamais vérifiée et qui souffre probablement du même défaut. La différence reste massive. On me propose de descendre de quarante à vingt-quatre, en payant, pour gagner le droit d’embarquer sur une compagnie que je prends peut-être deux fois par an.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;passer-un-gabarit-et-être-porté-sont-deux-métiers-différents&quot;&gt;Passer un gabarit et être porté sont deux métiers différents&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vingt centimètres de profondeur sur trente de largeur, ça donne un objet plus profond que large. La charge se place loin du dos et haut, parce que c’est la seule façon de remplir une boîte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas te faire un cours de biomécanique, je n’en ai pas les compétences. Je peux parler du sac que je porte, puisque je le porte : il est nettement plus haut que profond, il se plaque, et les jours à quinze kilomètres à pied m’ont appris que c’était le seul paramètre qui comptait vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je ne sais pas, je le mets tout de suite sur la table : ces quatre sacs sont peut-être excellents à porter. Je n’en ai eu aucun sur le dos, aucune de leurs fiches ne publie la masse à vide, et je ne vais pas transformer une déduction géométrique en verdict de confort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point que je maintiens est plus étroit et il est vérifiable. Ces sacs ont été conçus à partir d’un contrôle à l’embarquement. Le portage vient après, s’il vient.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-pari-réglementaire-et-il-faut-le-dire&quot;&gt;Le pari réglementaire, et il faut le dire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 21 janvier 2026, le Parlement européen a voté un texte prévoyant un bagage cabine gratuit dans la limite de cent centimètres de dimensions cumulées et sept kilos. Le Conseil des ministres bloque. À l’heure où j’écris, rien de tout cela n’est en vigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le web francophone raconte massivement l’inverse. Je ne cite personne, ce n’est pas mon travail de distribuer des mauvais points, mais si tu as lu quelque part cet hiver que la loi était passée, tu as lu quelque chose de faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parallèle, et depuis août 2025, les compagnies membres d’Airlines for Europe se sont engagées volontairement sur un article personnel gratuit d’au moins quarante par trente par quinze centimètres. Engagement volontaire, pas obligation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fais l’arithmétique avec les nombres de la fiche. Quarante plus trente plus vingt, ça fait quatre-vingt-dix centimètres cumulés, sous la limite de cent que le texte voté propose. Et vingt centimètres de profondeur, c’est cinq de plus que les quinze de l’engagement volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sac se retrouve donc dans un intervalle bizarre : trop profond pour le plancher que les compagnies ont accepté de leur plein gré, plus petit que ce qu’un texte encore bloqué autoriserait. Il est calé sur une troisième valeur, celle d’une compagnie, qui est la seule des trois à pouvoir changer sans prévenir personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre détail : la masse à vide du sac se prendrait sur ces sept kilos, et aucune des quatre fiches relevées ne la publie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-je-fais-à-la-place&quot;&gt;Ce que je fais à la place&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rien de malin. Je garde le sac de quarante litres et la besace, je mets moins dedans qu’avant, et les deux ou trois fois par an où une compagnie impose son gabarit, je paye le supplément ou je mets le sac en soute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ça coûte de l’argent. Un sac de cette famille coûte à peu près ce que coûtent plusieurs suppléments cabine, ce qui rend l’achat défendable pour quelqu’un qui vole toutes les semaines sur la même compagnie. Je ne suis pas cette personne, et si tu l’es, tu n’as pas besoin de moi pour faire la division.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S’il fallait quand même en acheter un, mon critère d’entrée serait bête : une fiche qui publie la masse à vide et les dimensions intérieures, pas seulement les extérieures. Sur les quatre libellés que j’ai relevés, aucun ne fait les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois de ces quatre motifs sont des absences. C’est volontaire. Je préfère écarter un bon sac sur une fiche muette que retenir un sac dont j’ignore les deux chiffres qui décident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun &lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt; dans ce tableau. Je n’ai mesuré aucun de ces sacs, je n’en ai touché aucun, et une dimension de fiche ne devient pas un relevé personnel parce que je l’ai recopiée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions restent ouvertes parce que je n’achète pas quatre sacs pour en écarter quatre, et la mécanique complète est dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-ne-teste-pas&quot;&gt;ce que je ne teste pas&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;Il faut que je te dise quelque chose qui affaiblit tout ce qui précède. En avril, à Bangkok, j’en avais un dans un panier, prêt à payer. Ce qui m’a arrêté n’est aucun des arguments de cet article : c’était l’adresse de livraison, une guesthouse que je quittais le surlendemain. Le raisonnement est venu après, tranquillement, une fois la dépense évitée par accident. Je me méfie assez de moi pour savoir ce que ça vaut, et je l’écris quand même, parce que la moitié des convictions matérielles que je lis ailleurs ont probablement la même origine.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>On m&apos;a demandé si je travaillais dans les trains de nuit</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/travailler-dans-les-trains-de-nuit/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/travailler-dans-les-trains-de-nuit/</guid><description>Réponse complète, y compris les nuits où je n&apos;ai rien produit du tout. Le train donne du temps continu, et le temps continu ne suffit pas.</description><pubDate>Thu, 30 Apr 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Le message est arrivé pendant que j’étais encore à Chiang Mai, et je l’ai laissé sans réponse jusqu’à Đà Nẵng, ce qui fait trois semaines et n’est pas très élégant. Une lectrice voulait savoir si je travaillais dans les trains de nuit. Et, si oui, comment je m’organisais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde partie de la question est celle qui m’a bloqué. Elle suppose qu’il existe une organisation, un montage, une petite mécanique que je pourrais décrire. Je viens précisément de passer une nuit dans un train entre Hanoï et Đà Nẵng, l’ordinateur ouvert sur les genoux, et je n’ai rien de tel à raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je vais donner le compte réel, avec les nuits qui n’ont rien produit, parce qu’un compte dont on retire les échecs n’est plus un compte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-compte&quot;&gt;Le compte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trois nuits de transport depuis le début du printemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bus de nuit en Thaïlande, entre Bangkok et le nord. Travail effectif : zéro minute. Je n’ai même pas sorti la machine, et la seule chose que j’aie faite d’utile a été de dormir quatre heures par morceaux d’une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vol de treize heures, en avril. Zéro également, et là je n’ai pas d’excuse matérielle solide : il y avait une tablette, du courant, un siège. J’ai regardé deux films dont je ne me rappelle pas le titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un train de nuit entre Hanoï et Đà Nẵng, la semaine dernière. Environ neuf cents mots écrits. J’en ai gardé un paragraphe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit sur trois a produit quelque chose, et ce quelque chose tient en huit lignes. Si quelqu’un veut appeler ça un mode de vie, il est libre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-le-train-donne-et-que-je-réclamais&quot;&gt;Ce que le train donne, et que je réclamais&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J’ai écrit en février, après une journée à quatre correspondances entre le Portugal et le Maroc, que je n’avais produit strictement rien parce que la journée était en miettes. Une heure vingt de bus, quarante minutes d’attente, dix minutes de correspondance. L’unité minimale en dessous de laquelle je ne sers à rien, c’est deux heures d’affilée, et cette journée-là ne m’avait jamais offert deux heures d’affilée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le train de nuit, lui, les donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il donne bien plus que ça. Personne ne monte, personne ne descend, personne ne t’adresse la parole. Aucune correspondance à surveiller, aucun panneau d’affichage à consulter toutes les dix minutes, aucun bagage à traîner d’un quai à l’autre. Le réseau va et vient sans que tu aies à en tenir compte, ce qui règle la question des messages par le vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le papier, c’est le plus long bloc de temps continu de tout mon mois d’avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et j’en ai tiré un paragraphe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-quil-retire&quot;&gt;Ce qu’il retire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La première chose qui manque est bête et physique : une surface. La petite table sous la fenêtre est occupée par les bouteilles d’eau de quatre personnes. Travailler sur une couchette veut dire allongé ou à moitié assis, la machine posée sur les cuisses, les poignets dans le vide, l’écran à quarante centimètres du visage et incliné de travers. J’ai tenu quarante minutes dans cette position avant que l’épaule droite ne commence à dire quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxième chose est sociale. Un écran allumé dans un compartiment de quatre couchettes est une lampe. Il éclaire trois personnes qui essaient de dormir, et il n’y a aucune manière de le rendre discret. J’ai baissé la luminosité au minimum, puis j’ai fini par refermer la machine avant minuit, non par discipline mais parce que le type d’en face s’était retourné trois fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisième est celle que je n’avais pas anticipée, et c’est la seule intéressante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À une heure du matin, j’écris. À quatre heures, j’écris encore, avec l’impression très nette que ça avance. Le lendemain à Đà Nẵng, dans une chambre où l’on entend la mer si on écoute très fort, j’ai relu les neuf cents mots. La moitié était de la reformulation de choses déjà écrites ailleurs, un quart partait dans une direction que je n’avais pas choisie, et le reste tenait debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps était continu. Mon attention, non. Ce n’est pas la même ressource et j’avais passé six mois à confondre les deux parce que l’une se compte en heures et se met dans un calendrier, alors que l’autre ne se compte pas du tout.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-je-réponds-vraiment&quot;&gt;Ce que je réponds vraiment&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais m’arrêter ici, sauf qu’il reste la partie de la question à laquelle je n’ai toujours pas répondu, et c’est celle sur l’organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n’y en a pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand quelqu’un me demande comment je fais, à une table, dans une auberge ou dans un message, je réponds oui, je travaille dans les trains. C’est une phrase que je prononce depuis des années sans y penser, et elle est vraie environ une fois sur trois. Je la prononce parce qu’elle clôt la conversation d’une manière agréable pour tout le monde. Elle donne l’image d’une vie qui tient debout, où les heures de transport ne sont pas des heures perdues mais des heures reconverties, et l’interlocuteur repart content.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les heures sont perdues. Une bonne partie d’entre elles, en tout cas. Ce que ce carnet essaie de faire, c’est d’arrêter de raconter que non, et le refus des postures qui vendent bien est écrit à sa place dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-refuse&quot;&gt;ce que je refuse&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail en déplacement se présente partout comme un choix de vie, avec des photos d’ordinateurs sur des plages où il est impossible de lire un écran. Vu de l’intérieur, c’est un problème d’organisation qui n’a pas de solution générale, seulement une comptabilité désagréable : ce mois-ci, sur trois occasions théoriquement favorables, une a donné huit lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai aucune méthode à te vendre là-dessus. Si j’en avais une, ça se verrait dans le compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En relisant le fichier à Đà Nẵng, j’ai regardé par curiosité les horodatages des sauvegardes automatiques. Le paragraphe que j’ai gardé a été écrit à 22 h 40, une vingtaine de minutes après le départ de la gare de Hanoï, alors que le train roulait encore dans la banlieue et que personne n’avait éteint sa liseuse. Tout ce qui vient après trois heures du matin est parti à la corbeille. Le seul morceau utilisable de ma nuit dans un train de nuit a été écrit avant la nuit.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Le train de nuit Hanoï Đà Nẵng impose ses règles</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/le-train-de-nuit-impose-ses-regles/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/le-train-de-nuit-impose-ses-regles/</guid><description>Quatre couchettes, une lumière qui ne s&apos;éteint jamais et un sac qu&apos;on surveille en dormant. Trois contraintes, trois réponses d&apos;encombrement très différent.</description><pubDate>Thu, 23 Apr 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Le compartiment fait à peu près la surface d’une salle de bains de chambre d’hôtel. Quatre couchettes, une échelle métallique fixée à droite, une petite table sous la fenêtre. La porte coulisse et se referme avec un bruit de casier de vestiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois personnes que tu n’as pas choisies dorment à un mètre de toi pendant une nuit entière, et ça se passe très bien. Le problème n’est pas là. Il est que ce volume prend trois décisions à ta place, et que tu ne les découvres qu’une fois le train parti.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-la-couchette-impose&quot;&gt;Ce que la couchette impose&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lumière.&lt;/strong&gt; Il y a une veilleuse dans le plafond du compartiment et elle ne s’éteint à aucun moment. Le couloir est éclairé toute la nuit, et la porte a une vitre en partie haute. À chaque arrêt, la lumière du quai entre par la fenêtre, en biais, à hauteur de visage sur la couchette du bas. Tu ne contrôles rien de tout ça, parce que trois autres personnes vivent dans la même pièce et qu’aucune d’entre elles ne t’a demandé ton avis sur l’éclairage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le bruit.&lt;/strong&gt; Les rails, les joints, le klaxon aux passages à niveau, la porte du couloir, les conversations à trois heures du matin, le voisin du dessus qui descend l’échelle. Aucun de ces bruits n’est fort. Ils sont irréguliers, ce qui est pire, parce que le sommeil s’accommode d’un ronflement constant de ventilation et se réveille sur une porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tes affaires.&lt;/strong&gt; Tu dors avec tout ce que tu possèdes dans la pièce, dont un sac de quarante litres qui ne rentre sous aucune couchette dans certaines voitures, et un petit sac qui contient les objets dont la disparition transforme le voyage en autre chose. Tu vas dormir. Pendant ce temps, personne ne surveille rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois contraintes, et l’erreur des listes que je lis depuis dix ans, c’est de les empiler dans le même paragraphe. Le confort se règle avec des objets minuscules dont on peut discuter sérieusement. La surveillance de tes affaires, non, et une liste qui traite les deux du même ton finit par mal traiter les deux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-bruit-et-le-chiffre-qui-ne-veut-rien-dire&quot;&gt;Le bruit, et le chiffre qui ne veut rien dire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J’ai un casque à réduction de bruit, il est à moi, je m’en sers tous les jours, et c’est justement pour ça que je peux dire qu’il ne sert à rien ici. On ne dort pas sur le côté avec une coque rigide coincée entre l’oreille et le matelas. J’ai essayé, la tête se pose sur le boîtier, l’arceau glisse, et l’oreille du dessous chauffe en vingt minutes. Un casque de ce genre est un objet pour rester assis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restent les bouchons. Ça se range dans la poche d’une veste et l’encombrement de cette réponse est proche de zéro. Le tri, en revanche, est pénible, et c’est là que j’ai passé le plus de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux fiches, deux chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La première annonce 27 dB et rattache cette valeur à une mesure normalisée, du type de celles que publient les fabricants de protections auditives. La seconde annonce 45 dB et ne cite aucune norme, aucun protocole, aucun laboratoire, aucune méthode d’essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’écris pas que 45 dB est impossible. Je n’en sais rien, ce n’est pas mon métier, et je n’ai aucun moyen de le vérifier. J’écris quelque chose de plus simple et de plus embêtant pour le vendeur : ces deux chiffres ne sont pas comparables. Le premier renvoie à une méthode partagée, ce qui permet de le mettre en face de celui d’un concurrent. Le second ne renvoie à rien, ce qui le rend intransitif. Il pourrait valoir 45, 12 ou 60, la fiche ne me donne aucun outil pour le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre un chiffre plus élevé sans référentiel et un chiffre plus bas avec, je prends le plus bas. C’est mon critère principal sur toute cette catégorie et il est plus utile que la moitié des comparatifs que j’ai lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur normalisée ne me dit pas non plus ce que j’entendrai dans ce compartiment. Elle sort d’un banc d’essai, avec des bruits qui ne sont pas des portes de couloir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-lumière&quot;&gt;La lumière&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un masque prend la place d’une paire de chaussettes roulée et ne pèse rien qui se remarque. C’est la réponse la moins discutable des trois, et pourtant elle a un piège.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le masque plat pose du tissu sur les paupières. Si tu bouges les yeux en dormant, tu le sens, et pour certaines personnes ça suffit à annuler tout le bénéfice. Le modèle que je retiens est construit autour de deux coques creuses qui laissent un vide devant chaque œil, et sa fiche vend précisément cette absence de pression comme son argument principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’objet est plus volumineux qu’un masque plat une fois dans le sac, puisqu’il contient de l’air par construction. L’arbitrage se fait entre ce volume et une sensation sur les paupières, et personne ne peut le faire à ta place.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;tes-affaires-et-la-réponse-que-je-nai-pas&quot;&gt;Tes affaires, et la réponse que je n’ai pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C’est la contrainte sur laquelle j’ai le moins à offrir, et je préfère l’écrire en toutes lettres plutôt que de meubler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La réponse matérielle sérieuse à cette contrainte existe. C’est un câble en acier gainé de deux mètres, de huit millimètres de diamètre, avec un cadenas au bout. Ces dimensions sont annoncées par le vendeur, elles ne sont pas de moi, et elles suffisent à répondre : deux mètres de câble acier, dans un sac de quarante litres, pour trois ou quatre nuits de train par an. Je l’ai écarté, la ligne est dans le tableau plus bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce câble suppose en plus un cadenas, et j’ai abandonné le mien dans le tiroir d’une chambre de Lisbonne en février, après l’avoir ouvert moi-même en quarante minutes par ennui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j’ai fait cette nuit-là ne mérite pas le nom de méthode : le petit sac contre moi, le grand par terre, et le sommeil léger que ça produit. Je ne vais pas transformer un arrangement personnel en consigne de sécurité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mot sur la deuxième ligne. Je n’écris pas que le masque lesté est mauvais. J’écris que les deux fiches se contredisent sur ce qui fait dormir, l’une vendant une pression apaisante et l’autre l’absence totale de contact, et qu’aucune des deux ne publie quoi que ce soit qui permette de trancher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun &lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt; dans ce tableau, et il ne peut pas y en avoir : je n’ai eu aucun de ces cinq objets en main. Les quatre premières lignes sont des affirmations de vendeurs que je recopie sans les valider, la seule chose que j’apporte est la colonne de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois questions restent ouvertes parce que je n’achète pas cinq paires de bouchons pour en garder une, et le détail de la méthode est dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#comment-je-choisis&quot;&gt;comment je choisis&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit-là, je n’avais ni masque ni bouchons. J’ai dormi avec la capuche d’une veste tirée sur les yeux et le tissu qui glissait à chaque changement de position, et je me suis réveillé à peu près à chaque arrêt, dont un long où le train est resté immobile assez longtemps pour que le silence devienne le vrai problème. C’est là, vers quatre heures, que j’ai commencé à faire cette liste dans ma tête. Un article de matériel écrit par quelqu’un qui n’avait aucun des objets qu’il décrit, la nuit où il en aurait eu l’usage.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>L&apos;orage de Chiang Mai a mangé ma multiprise</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/lorage-de-chiang-mai-a-mange-ma-multiprise/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/lorage-de-chiang-mai-a-mange-ma-multiprise/</guid><description>Une surtension pendant un orage, un bloc multiprise mort en silence, et tout le matériel branché derrière qui fonctionne encore. Sans explication.</description><pubDate>Thu, 16 Apr 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Il a plu quarante minutes, ce qui n’a rien d’un événement ici en avril. Ce qui m’a fait lever la tête, c’est le bruit sur le toit. De la tôle, deux étages au-dessus, et une averse qui passe du bruit de fond au bruit de chantier en une dizaine de secondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’étais à la table, l’ordinateur ouvert, un petit ventilateur à câble USB en marche parce que la chambre tenait ses trente et quelques degrés depuis une semaine. Le plafonnier a cligné deux fois. Puis une troisième fois, plus longue, avec ce ralenti qu’ont les vieilles ampoules quand la tension descend avant de remonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il y a eu une odeur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-a-cassé&quot;&gt;Ce qui a cassé&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pas de la fumée. Une odeur de fer à repasser laissé trop longtemps sur un tissu, tiède, chimique, qui met deux ou trois secondes à te dire d’où elle vient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bloc multiprise était par terre, contre la plinthe, derrière le pied du lit. Je l’avais acheté quatre jours plus tôt dans une quincaillerie de la rue d’en face, parce que la chambre avait exactement une prise murale et que je voyage avec plus d’une prise de besoins. Six sorties, un interrupteur, un petit voyant orange qui s’allumait quand le bloc était sous tension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le voyant était éteint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plafonnier, lui, était allumé. Le ventilateur du couloir tournait. La réception du bas diffusait la même chaîne d’informations qu’à toute heure. Le courant n’avait pas disparu de l’immeuble, il n’avait même pas disparu de la chambre. Il avait disparu du bloc, et seulement du bloc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai débranché la fiche du mur, et j’ai posé le bloc sur le carrelage, loin du lit, parce que c’est ce qu’on fait quand un objet sent le chaud et qu’on ne sait pas ce qu’il a. Je ne l’ai pas ouvert. Je ne sais pas faire, je n’ai rien pour le faire, et je n’ai aucune envie d’écrire les trois paragraphes où j’explique à un lecteur comment démonter une pièce d’installation électrique dans une chambre louée à la semaine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-était-branché-derrière&quot;&gt;Ce qui était branché derrière&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le chargeur de l’ordinateur, avec l’ordinateur au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chargeur du téléphone, avec le téléphone au bout, à quatre-vingts pour cent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ventilateur USB, en marche, sur un adaptateur secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’enceinte Bluetooth à mousqueton, en charge, la troisième du même modèle depuis que j’ai commencé à en casser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la vieille tablette Android à projecteur intégré, branchée depuis le matin, éteinte, dont le projecteur ne projette plus grand-chose mais qui refuse obstinément de mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le disque dur de sauvegarde n’était pas dessus. Il n’était même pas dans la pièce, il était dans l’autre sac, débranché, par une habitude que j’ai prise en janvier pour une raison qui n’avait rien à voir avec l’électricité.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-nuit-et-le-lendemain-matin&quot;&gt;La nuit et le lendemain matin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai rien fait ce soir-là. L’ordinateur avait de la batterie, la pluie s’est arrêtée vers vingt et une heures, et j’ai décidé que le problème attendrait la lumière du jour. C’est la seule décision intelligente de cette histoire et elle est due à la fatigue, pas à la méthode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, j’ai fait la seule chose que je savais faire : brancher les appareils un par un dans la prise murale, en attendant entre chaque, et en regardant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chargeur de l’ordinateur : la petite diode s’allume, la machine charge, le boîtier reste tiède comme d’habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chargeur du téléphone : charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ventilateur : tourne, aux trois vitesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’enceinte : charge, s’appaire, sonne pareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tablette : démarre, met son temps habituel de vieille tablette, affiche son écran d’accueil de 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien. Pas un appareil abîmé, pas un comportement bizarre, pas une chauffe anormale, pas un redémarrage inexpliqué. Six semaines plus tard, en écrivant ces lignes depuis un autre pays, je peux ajouter que rien n’a lâché depuis non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul mort de la soirée est le bloc, et il m’a coûté le prix d’un plat de rue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-je-ne-comprends-pas&quot;&gt;Ce que je ne comprends pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voilà où je bloque, et c’est pour ça que ce texte existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un objet est mort. Cinq appareils branchés dessus n’ont rien eu. J’aimerais te dire ce qui s’est passé entre les deux, et je m’aperçois en essayant de l’écrire que je ne peux proposer que des histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Première histoire : le bloc a encaissé quelque chose à la place du reste. Elle est séduisante, elle explique tout, et je remarque surtout qu’elle me plaît. La boîte du bloc portait des mentions en deux langues dont une que je ne lis pas, je ne l’ai pas gardée, et je serais bien incapable de dire ce qu’elle promettait exactement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxième histoire : rien de particulier n’est arrivé aux appareils parce que rien de particulier n’est arrivé du tout, et le bloc est mort de sa propre médiocrité, quatre jours après son achat, au moment précis où il pleuvait. Une coïncidence de ce genre est parfaitement possible et me contrarie beaucoup plus que la première.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisième histoire : quelque chose est bien passé par la ligne, et les appareils y ont survécu pour des raisons qui leur appartiennent, sans que le bloc y soit pour quoi que ce soit. Dans cette version, ma multiprise n’est pas une héroïne, c’est juste le maillon le plus faible, et le maillon le plus faible casse en premier même quand il ne protège personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai aucun moyen de départager ces trois versions. Aucun. Je n’ai pas d’instrument, je n’ai pas vu ce qui s’est passé sur la ligne, je n’ai pas ouvert l’objet, je ne saurais pas quoi regarder si je l’ouvrais, et l’immeuble ne va pas me communiquer son historique électrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je peux faire, c’est noter la question dans le carnet et aller lire. J’y passerai les semaines qui viennent, parce que la question m’intéresse maintenant qu’elle m’a coûté un objet, et j’y reviendrai ici quand j’aurai autre chose que trois hypothèses en équilibre. Ce carnet n’a pas de laboratoire, ce qui est déjà écrit dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-ne-teste-pas&quot;&gt;ce que je ne teste pas&lt;/a&gt;, et il n’a pas non plus d’atelier de diagnostic. Je découvre que c’est la même limite avec deux visages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bloc mort a voyagé avec moi jusqu’à Hanoï, dans la poche latérale du sac, pendant une semaine. Je l’ai porté à travers une frontière et deux aéroports en me disant que je finirais par le montrer à quelqu’un qui saurait le lire. Je ne connais personne de ce genre sur cet itinéraire, et je le savais en le rangeant. Il est parti dans une poubelle d’une chambre d’hôtel du vieux quartier, sans que j’aie appris quoi que ce soit de plus qu’en le débranchant.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Trente-quatre degrés dans la chambre, cinq ventilateurs</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/inutile/trente-quatre-degres-cinq-ventilateurs/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/inutile/trente-quatre-degres-cinq-ventilateurs/</guid><description>Un problème unique, dormir. Cinq objets qui prétendent le régler, quatre éliminés, et une contrainte de sélection qui n&apos;est pas celle qu&apos;on croit.</description><pubDate>Fri, 10 Apr 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Trente-quatre degrés, c’est ce qu’affiche le boîtier vissé dans le couloir, à onze heures du soir, porte de la chambre ouverte. Chiang Mai en avril, la saison où l’air ne bouge pas et où le ciel est blanc à midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chambre a un ventilateur de plafond, à trois vitesses. La petite ne déplace rien. La grande soulève les feuilles du bureau et fait battre le rideau contre la moustiquaire. La vitesse du milieu, celle qu’on veut, produit un claquement par tour, régulier, à peu près une fois par seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un claquement par seconde à deux heures du matin est un problème plus sérieux que trente-quatre degrés.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-quon-cherche-vraiment&quot;&gt;Ce qu’on cherche vraiment&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Refroidir une pièce est hors de portée d’un appareil de cette taille, et aucun vendeur ne le prétend vraiment. Ce qu’on lui demande, c’est de rendre la chambre dormable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ventilateur qui te réveille ne sert à rien. La contrainte de sélection n’est pas le débit d’air, c’est le bruit, et le bruit se juge à cinquante centimètres de l’oreille, sur six heures, pas pendant trente secondes dans un magasin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficulté immédiate : le mot silencieux apparaît dans quatre des cinq libellés relevés, celui que je garde compris. Un argument présent presque partout ne trie rien, aucune de ces fiches n’annonce de valeur de bruit avec sa norme d’essai, et je ne compare pas des adjectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste une méthode vérifiable sur les fiches elles-mêmes : regarder ce que chaque objet ajoute à la chambre. Ce qu’un objet ajoute est une chance de plus de te réveiller.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-quatre-éliminations&quot;&gt;Les quatre éliminations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le brumisateur.&lt;/strong&gt; Il pulvérise de l’eau en plus de brasser de l’air. Un réservoir de liquide en bagage cabine relève de la règle des cent millilitres, et un réservoir se vide, ce qui ajoute un geste dans une chambre inconnue à une heure où tu n’as envie d’aucun geste. Il sort sur son argument de vente principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celui à affichage numérique.&lt;/strong&gt; Un écran qui indique la vitesse et la température, allumé, posé sur une table de nuit, à cinquante centimètres de la tête. La chambre où l’on essaie de dormir est le seul endroit du monde où un afficheur est un défaut. Il sort aussi sur son argument de vente principal, ce qui commence à faire une constante dans cette rubrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celui à batterie de 8000 mAh.&lt;/strong&gt; Il apporte du lithium là où un câble suffit, pour un objet posé à côté d’un lit, dans une pièce qui a une prise. Le filtre de la rubrique m’oblige à vérifier son passage en cabine, et je viens de passer une semaine entière sur les règles applicables aux batteries en avion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celui qui pivote.&lt;/strong&gt; L’oscillation ajoute un mécanisme en mouvement au moteur, et elle produit un souffle qui va et vient. Un flux qui varie attire l’attention, un flux constant s’oublie. Je ne peux pas te dire quel moteur fait le plus de bruit, personne ne publie ce chiffre à cette gamme de prix, mais je peux compter les pièces mobiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le dernier. Un ventilateur de bureau qui se branche en USB, sans réservoir, sans écran, sans batterie et sans pivot. Il gagne par soustraction, comme le fil à linge de janvier, et je commence à penser que c’est la seule chose que cette rubrique sait faire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-filtre-de-la-rubrique&quot;&gt;Le filtre de la rubrique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quatre conditions, les quatre obligatoires.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Ça tient dans un sac de quarante litres. Oui pour les modèles de bureau. Le pliable oscillant n’annonce pas ses dimensions, je ne tranche pas pour lui.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ça passe en cabine. Oui pour le retenu, qui n’a ni liquide ni batterie. Le brumisateur tombe sous la règle des cent millilitres, et le modèle à 8000 mAh embarque du lithium, ce qui le renvoie à des règles que plusieurs compagnies ont resserrées cette année.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ça coûte moins d’une cinquantaine d’euros. Toute la famille, largement.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;C’est objectivement ridicule et ça résout un problème réel. Transporter à travers l’Asie un ventilateur de la taille d’un pamplemousse est ridicule. Une chambre à trente-quatre degrés avec un ventilateur de plafond qui claque est un problème réel.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Verdict : indispensable. Dans une chambre où le mobilier fait déjà du bruit, le seul appareil qui vaille est celui que tu peux poser où tu veux et couper d’un geste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun de ces quatre motifs ne demande d’avoir branché l’objet. Un réservoir, un écran, une batterie et un pivot sont revendiqués par les vendeurs comme des avantages, et ce sont eux qui disqualifient. Aucune fiche ne publie de valeur de bruit avec sa norme d’essai, donc aucun tableau de mesures ici : il n’y aurait rien à mettre dedans. Ce que ce niveau de preuve autorise et interdit est détaillé dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-ne-teste-pas&quot;&gt;ce que je ne teste pas&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À trois heures du matin, je n’ai acheté aucun de ces objets, parce qu’aucune boutique n’était ouverte. J’ai déplacé le matelas de trente centimètres vers la porte de la salle d’eau dans l’axe du courant d’air entre cette porte et la fenêtre entrouverte, et j’ai coupé le ventilateur de plafond. J’ai dormi quatre heures, deux de plus que la nuit d’avant. La géométrie d’une pièce est gratuite et elle bat un appareil, sauf qu’elle ne rentre pas dans un sac et qu’elle change à chaque chambre.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Ce que le sac contenait en arrivant à Bangkok</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/ce-que-le-sac-contenait-a-bangkok/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/ce-que-le-sac-contenait-a-bangkok/</guid><description>Un sac vidé sur un lit après trois mois de route. Ce qui est parti à la poubelle en chemin, et pourquoi le rangement fabrique des objets qui n&apos;existent pas.</description><pubDate>Thu, 02 Apr 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;La chambre donne sur une cour intérieure et sur les climatiseurs de l’immeuble d’en face, qui font un bruit d’eau permanent. J’ai posé le sac de quarante litres sur le lit, j’ai ouvert les deux fermetures, et j’ai tout retourné d’un coup, ce qui est la seule méthode honnête.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois depuis Lisbonne. Entre les deux, le Portugal, l’Espagne, un détroit, le Maroc, un vol de treize heures. Le sac n’a pas été vidé une seule fois pendant cette période. Il a été ouvert, fouillé, refermé, écrasé dans des coffres, rangé par un tapis roulant de contrôle de sûreté, mais jamais vidé.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;trier-contre-une-poubelle&quot;&gt;Trier contre une poubelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chez toi, tu tries contre une armoire. L’objet dont tu n’es pas sûr va dans le placard, et le placard est une machine à repousser la décision de six mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une chambre louée, l’armoire n’existe pas. Chaque objet reste dans le sac ou part à la poubelle, ce soir, sans troisième possibilité. Ça rend le tri rapide et un peu brutal, et ça produit une information que le tri à domicile ne produit jamais : la liste de ce qui n’a pas survécu au trajet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-est-parti&quot;&gt;Ce qui est parti&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux câbles.&lt;/strong&gt; Un cordon fin dont la gaine s’est ouverte au ras du connecteur, et un câble d’un standard ancien qui alimentait un appareil dont je me suis séparé avant Noël. Trois mois de transport pour zéro branchement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le chargeur de l’ordinateur volé en janvier.&lt;/strong&gt; Il pesait ce qu’il pesait et il ne servait plus à rien dès le premier jour. Je l’ai porté du Portugal à l’Afrique du Nord, puis en Asie du Sud-Est, par une inertie que je n’explique pas mieux que ça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une boîte rigide.&lt;/strong&gt; Livrée avec un accessoire, conservée par réflexe, jamais remplie. C’est le seul élément dur du sac, donc le seul qui puisse casser autre chose en écrasant son voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un paquet de papiers.&lt;/strong&gt; Reçus, souches de cartes d’embarquement, un plan de ville plié en huit. Ils ne pèsent rien et ils occupent exactement la poche où je range le carnet, ce qui est un coût sans masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait aussi un tee-shirt, celui que j’avais porté humide à Lisbonne, mais je l’ai raconté en janvier et il était déjà parti depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-point-commun&quot;&gt;Le point commun&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reprends la liste. Aucun de ces objets n’a survécu trois mois parce que j’hésitais à m’en séparer. Ils ont survécu parce que je ne les ai jamais vus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux câbles étaient dans le rouleau, tenu par un élastique de bureau depuis des années. Le chargeur était dans la poche latérale gauche, celle qui contient le matériel électrique et qu’on ouvre pour prendre le premier objet du dessus. La boîte rigide était au fond, sous les vêtements. Les papiers étaient dans une pochette avec d’autres papiers utiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rouleau de câbles maintenu par un élastique compte pour un objet dans ta tête, et une poche latérale compte pour un aussi. Le rangement ne se contente pas d’ordonner le contenu, il fabrique des objets composites, et un objet composite ne s’inspecte jamais : il se prend et il se repose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sac que je porte est bien organisé au sens où je retrouve n’importe quoi en trois secondes. Il est mal organisé au sens où il m’a caché quatre déchets pendant un trimestre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-trois-couches&quot;&gt;Les trois couches&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce que le voyage a produit, sans que je l’aie décidé, c’est un rangement en trois niveaux d’accès.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poche de pantalon, atteignable debout, dans une file, en trois secondes. Le petit sac gardé entre les pieds, atteignable assis, sans se lever, ce qui en avion est la définition même de l’accessible. Le fond du quarante litres, atteignable une fois par jour et pas plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’ennui, c’est que la couche du milieu n’a pas d’objet. Elle a un sac, et à l’intérieur du sac, du vrac. Le rouleau à l’élastique est une tentative de couche intermédiaire, et sa faiblesse est exactement celle que je viens de décrire : il agrège sans montrer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;lobjet-que-je-regarde&quot;&gt;L’objet que je regarde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une pochette plate en tissu, à plusieurs compartiments cousus, prévue pour les accessoires électroniques. Elle ne fait rien de plus que séparer ce qui était en vrac, et l’argument tient dans un seul mot : elle montre. Ouverte à plat sur un lit, un compartiment vide se voit. Dans un rouleau maintenu par un élastique, un câble mort ne se voit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne l’ai pas achetée et je ne l’ai pas eue en main. Ce que je peux vérifier tient dans le libellé du vendeur et dans sa fiche, relevés le 11 août 2026 : pochette d’organisation pour accessoires de voyage, disponible au moment du relevé. Ce que je ne peux pas vérifier est plus long, et c’est écrit plus haut dans le verdict.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point mérite d’être dit clairement, parce qu’il vaut pour toute la famille : aucune de ces fiches ne publie ses dimensions intérieures. La seule question sérieuse qu’on se pose devant une pochette d’organisation, c’est de savoir si le bloc d’alimentation de l’ordinateur y entre. Aucun vendeur de cette catégorie ne répond à cette question, et je choisis parmi ceux qui ne répondent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun de ces trois motifs ne demande d’avoir eu l’objet en main. Une absence de dimension, un argument de vente hors sujet et un empilement à trois étages sont écrits par les vendeurs eux-mêmes, et ce sont eux qui disqualifient. La méthode entière est décrite dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#comment-je-choisis&quot;&gt;comment je choisis&lt;/a&gt;, et elle vaut ce que valent des fiches de vente, ce qui n’est pas énorme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une poche zippée que je n’ouvre jamais, sous la doublure, j’ai retrouvé la carte bancaire de secours. Celle qui doit servir le jour où l’autre est avalée par un distributeur à trois mille kilomètres de ma banque. Date de fin de validité : février. Elle a donc voyagé six semaines dans le rôle d’un filet de sécurité qu’elle ne remplissait plus, et je ne l’ai découvert que parce que j’ai vidé le sac sur un lit. La couche intermédiaire, ce n’est pas seulement pour les câbles.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Treize heures d&apos;avion, heure par heure</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/treize-heures-davion-heure-par-heure/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/treize-heures-davion-heure-par-heure/</guid><description>Du contrôle de sûreté au tapis à bagages. Ce que chaque heure de vol interdit, et une batterie externe qui passe le trajet dans la pochette du siège.</description><pubDate>Thu, 26 Mar 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux heures avant, le contrôle de sûreté.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bac gris impose son ordre. L’ordinateur à plat, les liquides dans leur sachet, la veste, la ceinture, la batterie externe sortie et posée bien en vue. J’ai mis onze objets sur le tapis et j’en ai récupéré onze de l’autre côté, ce qui reste le seul bilan comptable satisfaisant de la journée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que personne ne raconte sur les contrôles, c’est qu’ils ne coûtent pas dix minutes. Ils coûtent dix minutes plus les treize heures qui suivent, parce que ton sac ressort rangé par une machine et que tu le refermes en quatre-vingt-dix secondes avec une file derrière toi. Le carnet papier s’est retrouvé sous le rouleau de câbles. Il y est resté jusqu’à Bangkok.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’embarquement, et une décision de quarante secondes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux sacs, deux destinations. Le quarante litres monte dans le coffre, la besace reste entre mes pieds. Ce partage a l’air anodin et c’est la seule vraie décision du vol : ce qui monte est perdu jusqu’à l’atterrissage, sauf si tu acceptes de faire lever deux personnes pour aller chercher un chargeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis janvier, le disque de sauvegarde ne voyage plus dans le sac qui porte la machine qu’il sauvegarde. La règle est bonne et je la garde. En avion, elle veut dire que le disque passe la journée à un mètre au-dessus de ma tête, dans un compartiment que je n’ouvrirai pas. La vraie question porte moins sur la fragilité que sur l’accès : qu’est-ce que j’accepte de ne plus atteindre pendant treize heures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste la pochette du siège devant moi. Un carnet, un stylo, les écouteurs filaires, la batterie. C’est l’inventaire complet de ce que je possède pour la durée du vol, et il tient dans une poche en tissu de la taille d’un magazine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La première heure, celle où tout le monde s’installe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne dort, personne ne travaille, personne n’est encore résigné. Une famille se réorganise trois rangs devant, quelqu’un ouvre et referme le coffre au-dessus de moi deux fois, et le signal des ceintures reste allumé bien après que tout le monde a cessé de bouger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un avion est une chambre dont le mobilier a été décidé par quelqu’un d’autre. La température ne t’appartient pas. La lumière non plus, et l’inclinaison de ton dossier appartient pour moitié à la personne assise derrière. La seule surface plane disponible est un plateau, et le plateau appartient au repas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La deuxième heure, le plateau.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il descend, il occupe tout, et il reste là bien après la fin du repas, le temps que le chariot repasse. Compte une heure pendant laquelle rien d’autre ne peut exister sur cette surface. Mon coude vit sur ce plateau. Mon genou droit touche le siège devant depuis l’embarquement et le touchera encore à l’arrivée, ce qui est moins douloureux qu’informatif : sur treize heures, un contact permanent devient une donnée de la journée, comme la lumière ou le bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Puis l’annonce.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les batteries externes doivent rester accessibles et ne pas être utilisées pendant le vol. J’ai écrit un article entier là-dessus la semaine dernière, en expliquant que le mot autorisé sur une fiche de vente parle de transport et jamais d’usage. Savoir une règle et la vivre sont deux opérations différentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mienne avait été choisie pour rester sous la barre des cent wattheures. Ce calcul règle la question de son embarquement et aucune autre. Elle a passé treize heures dans la pochette, à trente centimètres de mon genou, chargée, en état de marche et parfaitement inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le port USB de l’accoudoir existe. Rien n’indique ce qu’il délivre, aucun document à bord ne le précise, et le téléphone a gagné environ un tiers de charge en quatre heures. Je note le fait sans le convertir en watts. Je n’avais pas d’instrument, et un chiffre inventé serait pire qu’une absence de chiffre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les heures du milieu, celles qui n’ont pas de nom.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À ce stade le vol ne se compte plus en heures. Il se compte en services : après le premier repas, avant le second, entre les deux. Six ou sept heures d’un seul bloc, lumières éteintes, hublots baissés par consigne, air sec au point que la peau des mains tire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai ouvert la machine une fois, quelque part dans ce bloc. Quarante minutes. Le siège devant n’avait pas basculé, la tablette du siège tenait, la batterie était pleine. Ce qui m’a arrêté, c’est qu’un écran de treize pouces à luminosité minimale reste l’objet le plus lumineux d’une rangée où tout le monde dort, et qu’un clavier s’entend. J’ai refermé et je suis passé au carnet, en écrivant dans le noir, penché, avec le stylo pris dans la spirale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma voisine dormait le bras sur l’accoudoir commun depuis le début du bloc. Ce n’est pas un reproche. C’est la description exacte de l’espace dont je disposais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le prix d’un déplacement de trois mètres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aller aux toilettes coûte cher, et le prix n’a rien à voir avec la distance. Il faut faire lever quelqu’un. Il faut emporter la besace, parce qu’on ne laisse pas une besace ouverte sur un siège vide. La veste sert d’oreiller et la clé de sécurité est dans la veste, depuis Lisbonne, donc la veste vient aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mètres, et tu démontes ton installation entière pour la reconstruire au retour, dans le noir, à tâtons, en cherchant où tu as mis le stylo. Dans un train, tu te lèves. Dans un avion, tu négocies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’heure et demie de descente, où l’on ne peut plus rien faire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plateau relevé, dossier redressé, sacs rangés, écrans coupés à un moment donné. On est réveillé, assis droit, sans objet accessible et sans rien à faire. C’est la partie la plus longue du vol, et c’est la plus courte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Après, la file.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante minutes debout, avec treize heures de raideur dans les jambes et un sac de cabine qui a triplé de poids depuis l’embarquement. Le téléphone n’a pas de réseau et ne l’aura pas avant un moment. La première sensation physique de l’arrivée précède le hall et l’affichage : l’air de la passerelle est plus chaud et plus lourd que tout ce que la cabine a produit en treize heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tapis.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quarante litres arrive dans les derniers. Je m’assieds par terre contre un pilier, je l’ouvre, et je range enfin les choses dans l’ordre que je veux, pour la première fois depuis le contrôle de sûreté quinze heures plus tôt. Le disque est là, dans sa pochette en tissu gris, à sa place, et je ne le branche pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’écrirai pas ici qu’il suffit de payer plus cher pour être moins mal assis. La moitié des conseils de confort en vol consistent à te vendre l’accès à un problème que l’argent règle, et ce que je refuse d’écrire est détaillé dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-refuse&quot;&gt;ce que je refuse&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La page du carnet écrite dans le noir compte trois lignes. J’en ai relu deux le lendemain matin sans difficulté. La troisième est illisible : les lettres se chevauchent sur deux centimètres, le stylo a dû sauter au moment d’une turbulence, et je ne sais plus ce que je voulais garder. C’était probablement la meilleure des trois, parce que c’est toujours la meilleure qui manque. Je l’ai attendue toute la journée du lendemain, entre deux siestes de décalage horaire, et elle n’est pas revenue.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>La batterie qu&apos;on emporte et qu&apos;on ne peut plus allumer</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/la-batterie-quon-ne-peut-plus-allumer/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/la-batterie-quon-ne-peut-plus-allumer/</guid><description>« Autorisé en Avion » est écrit dans le titre de la fiche. C&apos;est vrai. Autorisé à monter à bord ne veut pas dire autorisé à s&apos;en servir.</description><pubDate>Thu, 19 Mar 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Trois mots figurent dans le titre de la fiche, avant même le nom du modèle : &lt;strong&gt;autorisé en avion&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est vrai. Le vendeur ne ment pas, et il n’a pas besoin d’être malhonnête pour que la phrase produise l’effet qu’elle produit. Un lecteur qui achète une batterie externe pour ses vols lit ces trois mots comme une autorisation d’usage. Elle n’en est pas une. Elle dit que l’objet a le droit de monter à bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu’il a le droit d’y faire est une autre question, elle a changé récemment, et l’essentiel de ce qui se lit en français raisonne encore sur l’état d’avant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-a-changé-et-chez-qui&quot;&gt;Ce qui a changé, et chez qui&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le groupe Lufthansa, qui couvre Lufthansa, Swiss, Austrian Airlines, Eurowings, Edelweiss Air et Brussels Airlines, applique depuis le &lt;strong&gt;15 janvier 2026&lt;/strong&gt; une règle en quatre points. Les batteries externes restent autorisées en cabine. Elles ne peuvent plus être utilisées pendant le vol. Elles doivent rester accessibles. Le maximum est de deux batteries par passager, de 100 Wh chacune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&quot;https://business.lufthansagroup.com/eg/en/program/experts/news/power-banks-on-board--updated-regulations-from-january-2026&quot;&gt;la page du groupe consacrée à cette mise à jour&lt;/a&gt;, consultée le 11 août 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux faits antérieurs l’éclairent. La recharge d’une batterie externe sur une prise USB de l’avion était déjà interdite chez ce même groupe depuis &lt;strong&gt;mai 2025&lt;/strong&gt;. Et Air France interdisait déjà l’usage des batteries externes en vol avant cette date, information relevée sur la page d’information bagages de la compagnie, consultée le 11 août 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne publie de lien que pour la source dont je peux donner l’adresse exacte. Pour la seconde, je donne la nature du document et la date, et rien de plus. C’est moins satisfaisant qu’une URL, et plus honnête qu’une URL reconstituée de mémoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’origine invoquée de ces décisions est un &lt;strong&gt;incendie à bord d’un Airbus A321 en Corée du Sud, en janvier 2025&lt;/strong&gt;, attribué à une batterie externe. Je relaie cette attribution telle qu’elle circule dans les communications des compagnies. Je n’ai pas lu le rapport d’enquête et je ne certifie pas la cause.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-je-ne-vais-pas-te-dire&quot;&gt;Ce que je ne vais pas te dire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que c’est la règle partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait le raccourci naturel, il serait faux, et il tromperait dans les deux sens : celui qui compte sur un usage qu’on lui refusera, et celui qui range sa batterie en soute en croyant qu’elle est devenue interdite en cabine. Chaque compagnie publie ses propres conditions et elles ne changent pas le même jour. Sept compagnies apparaissent dans ce texte. Il en existe des centaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste utile tient en une phrase : ouvre la page bagages de ta compagnie, la semaine où tu voles. Un article de mars ne répond pas pour un vol de novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas non plus te suggérer de la ranger là où on ne la verra pas. La règle citée plus haut demande l’inverse, la batterie doit rester accessible.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-calcul-que-tout-le-monde-saute&quot;&gt;Le calcul que tout le monde saute&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le seuil réglementaire s’exprime en wattheures. Les fiches produit s’expriment en milliampères-heures. Presque personne n’explique le passage de l’un à l’autre, et on lit partout des conversions fausses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un milliampère-heure mesure une quantité de charge, pas une quantité d’énergie. C’est un débit multiplié par une durée. Il ne dit rien tant qu’on ne sait pas sous quelle tension cette charge est stockée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’énergie s’obtient en multipliant la charge par la tension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons le modèle retenu. Il annonce 27000 mAh, soit 27 ampères-heures. Les cellules lithium-ion ont une tension nominale de 3,7 volts, et c’est cette valeur qui sert de convention dans les marquages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 multiplié par 3,7 donne 99,9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu moins de 100 wattheures. Juste sous le seuil, avec une marge d’un dixième de wattheure, ce qui n’est évidemment pas un hasard de fabrication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le piège arrive ici. Si tu fais le même calcul avec les 5 volts de la sortie USB, tu obtiens 135 wattheures, et tu conclus que la batterie dépasse le plafond. Cette conversion circule, elle affole des gens à trois jours du départ, et elle repose sur la mauvaise tension. La valeur qui compte est celle des cellules, et la référence opposable reste le chiffre imprimé sur le boîtier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai pas vu ce marquage, puisque je n’ai pas l’objet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;largument-contraire&quot;&gt;L’argument contraire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une grosse batterie externe est l’objet le plus recommandé du voyage en avion, et elle est recommandée pour la raison qui est en train de tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arguments de vente relevés parlent tous du vol : tenir pendant un long-courrier, travailler huit heures sur son ordinateur en l’air. Chez les six compagnies citées plus haut, depuis janvier, ces usages n’existent plus. L’objet monte à bord et il reste éteint dans le porte-bagages, à portée de main, pour qu’on puisse le sortir vite s’il se passe quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne le rend pas inutile. Ça déplace sa raison d’être au sol, et le sol est l’endroit où j’en avais besoin depuis le début : le hall de gare routière de Séville et sa prise unique derrière un distributeur, la chambre où la seule prise est derrière le lit. Une réserve sert entre deux prises, pas à trente-cinq mille pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Achète-la pour ça, et le raisonnement tient. Achète-la pour le vol, et tu paies un objet lourd qui passera le vol à ne rien faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une objection que je me fais, parce que quelqu’un me la ferait sinon. Le modèle retenu subit la même arithmétique : 99,9 Wh à 140 W se vident en quarante-trois minutes environ. La différence tient à la quantité stockée, d’un tiers supérieure sous un plafond identique. Aucune de ces batteries ne remplace une prise murale. Ce sont des réserves, et une réserve se juge à ce qu’elle contient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces cinq fiches ne publie sa valeur en wattheures dans le libellé relevé. Sur une famille d’objets dont la contrainte réglementaire s’exprime en wattheures, c’est l’unité absente de tous les titres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions restent ouvertes parce que je n’ai acheté aucune de ces cinq batteries, et la règle qui m’oblige à le dire est dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-ne-teste-pas&quot;&gt;ce que je ne teste pas&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;Sur le vol de mars, la personne assise à côté de moi a sorti une batterie externe du filet, y a branché son téléphone et l’a posée sur la tablette. Un membre d’équipage lui a demandé de débrancher et de ranger. La discussion a duré vingt secondes et je n’ai entendu qu’une phrase, dite sans agressivité, avec l’assurance de quelqu’un qui a fait ses devoirs : « mais elle est autorisée en avion, c’est marqué sur la boîte. » Elle l’était. C’était marqué. Je ne nommerai pas la compagnie, faute d’avoir relu sa page bagages ce jour-là. Ce que je retiens, c’est que trois mois plus tôt j’aurais dit la même phrase, sur le même ton, aussi certain d’avoir raison.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Ce que la chaleur fait aux machines</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/ce-que-la-chaleur-fait-aux-machines/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/ce-que-la-chaleur-fait-aux-machines/</guid><description>Une chambre à l&apos;étage, un après-midi de mars, un ordinateur qui devient lent et un téléphone qui arrête de charger. Aucun des deux n&apos;était en panne.</description><pubDate>Thu, 12 Mar 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;La chambre est au dernier étage, sur une cour intérieure, avec une porte qui donne sur une terrasse en terrasse plate. La table est sous la fenêtre parce que c’est le seul endroit où il y a de la lumière, et la fenêtre est orientée de telle façon qu’à partir de treize heures, le soleil tombe sur le mur d’en face, puis sur le rebord, puis sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mur derrière la table est chaud sous la main. Pas tiède. Chaud, comme une pierre qu’on a laissée dehors, ce qu’elle est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’air est sec et il ne bouge pas. La fenêtre ouverte ne change rien, sauf le bruit. Je décris une pièce, un mois de mars, et une exposition, pas un pays : à deux rues de là, une chambre au rez-de-chaussée donnant sur la même cour reste fraîche toute la journée, et je m’en rendrai compte trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-la-pièce-fait-au-matériel&quot;&gt;Ce que la pièce fait au matériel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le premier jour, je n’ai rien remarqué avant quinze heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À quinze heures, une exportation de fichiers que je lance deux ou trois fois par semaine, et qui prend le temps d’aller chercher un café, tournait encore quand je suis revenu avec le café. Elle a fini au bout d’un quart d’heure. Le reste suivait : les fenêtres qui mettent une seconde à s’ouvrir au lieu de s’ouvrir, le curseur qui saute, le texte qui apparaît une demi-seconde après la frappe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun message. Aucune erreur. Aucune alerte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout aucun bruit, ce qui est le point important et que j’ai mis deux jours à comprendre. Ma machine n’a pas de ventilateur. C’est un choix de conception assumé par le constructeur, c’est même un argument de vente, et je l’avais acheté en février en trouvant ça élégant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une machine avec ventilateur te prévient. Elle souffle, elle monte en régime, tu entends qu’elle travaille et tu entends qu’elle est en difficulté. Une machine sans ventilateur n’a aucun canal pour te dire quoi que ce soit. Elle ralentit. C’est son seul vocabulaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-téléphone-qui-ne-dit-rien-non-plus&quot;&gt;Le téléphone, qui ne dit rien non plus&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vers seize heures, j’ai branché le téléphone, un Galaxy S22 que j’ai depuis quatre ans et qui a survécu à tout, y compris à un vol dans un train où le voleur ne l’a pas trouvé parce qu’il était dans ma poche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une heure plus tard, il affichait le même pourcentage qu’au moment où je l’avais branché.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai commencé par le câble, que j’ai changé. Puis par le chargeur, que j’ai changé aussi. Puis j’ai accusé la prise murale, ce qui était de bonne foi, &lt;a href=&quot;/fr/carnet/un-lecteur-part-au-maroc-et-me-parle-de-prises/&quot;&gt;parce que cette prise-là a effectivement un problème mécanique&lt;/a&gt; et que je venais de passer une semaine à en faire un article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise n’y était pour rien cette fois. Le téléphone avait mis la charge en pause et il l’avait écrit à l’écran, dans une notification que j’avais balayée sans la lire parce que je balaie tout ce qui apparaît en haut de l’écran depuis quatre ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il était posé sur la table, la table était au soleil depuis trois heures, et il refusait de continuer à s’échauffer davantage pour me faire plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-cest-et-pourquoi-ça-ressemble-à-une-panne&quot;&gt;Ce que c’est, et pourquoi ça ressemble à une panne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une machine qui chauffe réduit d’elle-même la puissance qu’elle consomme. Moins de puissance, moins de chaleur produite, et l’électronique reste dans la plage où elle est censée fonctionner. Un téléphone en charge fait la même chose autrement : la charge produit de la chaleur, donc il ralentit la charge, ou il l’arrête et attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des comportements de protection. Ils sont prévus, documentés par les constructeurs dans des pages d’assistance, et ils se déclenchent sans rien casser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne te donnerai aucun seuil en degrés. Je n’ai pas d’instrument, je n’ai relevé aucune température, et les valeurs qui circulent sur les forums ne sont sourcées nulle part. Le seul chiffre qui vaudrait quelque chose serait celui que publie le constructeur pour ce modèle précis, et je préfère ne rien écrire plutôt qu’écrire un nombre que je ne peux pas rattacher à une page officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je peux décrire, c’est le décalage. Le comportement de protection ressemble en tout point à un défaut. Lenteur inexpliquée, charge qui n’avance pas, opération qui n’aboutit pas. Un utilisateur devant ces trois symptômes conclut à une panne dans les dix secondes, et sa réaction naturelle est d’insister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai relancé l’exportation trois fois. À chaque relance, je redemandais à la machine de fournir le maximum, à un moment où elle avait déjà décidé de fournir moins. Elle a tenu la position pendant une heure de plus qu’elle ne l’aurait fait si j’étais allé me promener. Mon acharnement a prolongé exactement ce que j’essayais de faire cesser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-jai-fait-à-la-place&quot;&gt;Ce que j’ai fait à la place&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rien de malin, et rien que je vais te vendre comme une méthode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai déplacé mes heures. Debout à six heures, au travail à six heures et quart, dans une pièce qui a passé la nuit à refroidir. Entre six heures et onze heures, la machine se comporte comme à Lisbonne en février : l’exportation prend deux minutes, le curseur ne saute pas, le téléphone se charge en une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’après-midi n’est plus du temps de travail. C’est du temps de marche, de carnet papier, de rendez-vous, de choses qui n’ont pas besoin d’électricité. Et le soir, quand la pièce est retombée, je reprends une heure ou deux si j’en ai envie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas te dire de poser ta machine sur un support ajouré, de la surélever avec deux livres, de lui coller un ventilateur devant ou de la mettre au frigo dans un sac, ce que j’ai vu recommander sérieusement. Je n’ai testé aucune de ces choses, je ne sais pas ce qu’elles produisent, et l’improvisation sur la thermique d’un appareil que je ne sais pas démonter n’est pas un domaine où je vais me mettre à donner des avis. Ce site refuse ce genre de conseil et &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-refuse&quot;&gt;c’est écrit là où il faut&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul levier que j’ai actionné est celui sur lequel j’avais autorité : l’heure à laquelle je travaille, et la pièce dans laquelle je m’assois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxième soir, j’ai ouvert la page d’assistance du constructeur et j’ai commencé à écrire dans la fenêtre de discussion. « Bonjour, ma machine achetée en février est devenue très lente sans raison apparente, je pense qu’elle a un défaut. » J’ai relu la phrase. Le mot qui me gênait, c’était « sans raison apparente », parce que la raison était apparente, elle était même écrite sur le mur, à trente centimètres de l’écran, et je pouvais la toucher avec la main. J’ai fermé la fenêtre sans envoyer. Le lendemain matin, à six heures et demie, l’exportation a pris deux minutes dix, et j’ai vérifié que le fichier était identique à celui que la machine avait fini par produire la veille au bout d’un quart d’heure. Il l’était, à l’octet près. Elle n’avait rien fait de moins bien. Elle avait juste pris le temps qu’il fallait pour ne pas s’abîmer, et j’avais passé deux jours à le lui reprocher.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Un lecteur part au Maroc et me parle de prises</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/un-lecteur-part-au-maroc-et-me-parle-de-prises/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/un-lecteur-part-au-maroc-et-me-parle-de-prises/</guid><description>Un lecteur me demande quel adaptateur emporter à Marrakech. Il n&apos;en a pas besoin. Le vrai problème arrive quand la chambre n&apos;a qu&apos;une seule prise.</description><pubDate>Thu, 05 Mar 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Un lecteur m’écrit. Le message est court et poli, il part en avril, et sa question tient en trois lignes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je pars deux semaines, Marrakech puis Essaouira. Je ne trouve pas de réponse claire sur l’adaptateur secteur. Il y en a à tous les prix, certains font chargeur en même temps, d’autres non. Tu prendrais lequel ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je vais répondre, et pas à cette question. Elle a une réponse d’une ligne, cette ligne va le décevoir, et le reste de l’article commence après.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-réponse-dune-ligne&quot;&gt;La réponse d’une ligne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n’a besoin d’aucun adaptateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Maroc utilise les prises de type C et E, en 220 volts. C’est le standard français et c’est le standard portugais. Sa fiche rentre dans le trou. Son chargeur fonctionne. Il n’y a rien à acheter et rien à emporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l’ai vérifié dans les conditions les moins glorieuses possibles. En arrivant à Tanger fin février, la première chose que j’ai regardée dans la chambre, avant même de poser le sac, c’était la prise murale. Elle était identique à celle de Lisbonne. J’avais transporté un adaptateur universel toute la journée, dans une poche latérale, comme je le transporte depuis quatre ans, &lt;a href=&quot;/fr/carnet/deux-pays-avant-le-dejeuner/&quot;&gt;au terme d’une journée à quatre correspondances&lt;/a&gt; où je n’avais rien branché du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ans à déplacer un objet sans jamais vérifier s’il servait quelque part sur mon itinéraire. Je ne suis pas en position de me moquer de la question du lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je ne vais pas faire, c’est te coller un tableau des types de prises par pays. Il en existe des centaines, tous identiques, et ils sont la raison pour laquelle mon lecteur n’a pas trouvé de réponse claire : quand cinquante pages répondent à la même question, aucune ne prend le risque de dire que la question ne se pose pas. Un article qui conclut « n’achète rien » n’a rien à vendre en bas de page.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-chambre-à-vingt-deux-heures&quot;&gt;La chambre, à vingt-deux heures&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Là où le problème existe vraiment, c’est trois semaines plus tard, dans une chambre de Marrakech, à l’étage, avec une fenêtre qui donne sur une cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une prise. Une seule, à trente centimètres du sol, derrière la tête du lit, ce qui suppose de déplacer le lit ou de dormir avec les câbles en travers de l’oreiller. La table où je travaille est à l’autre bout de la pièce, sous la fenêtre, parce que c’est là qu’il y a de la lumière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la table, quatre choses qui doivent être pleines le lendemain matin : l’ordinateur, le téléphone, le casque, l’enceinte. Le disque dur se recharge sur l’ordinateur, la souris tient des mois, le carnet papier n’a besoin de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre appareils, une prise, et une nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contrainte n’a aucun rapport avec la forme de la fiche. Une chambre ancienne a une prise par pièce parce qu’elle a été câblée quand une pièce contenait une lampe, et le neuf en met quatre au-dessus du bureau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui déplace la question. Le bon objet n’est pas celui qui transforme une fiche en une autre, c’est celui qui transforme une prise en quatre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-second-problème-mécanique&quot;&gt;Le second problème, mécanique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a une deuxième chose, et je l’ai découverte en la subissant deux nuits de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socle de cette prise n’est pas solidaire du mur. Il bouge de quelques millimètres quand on tire dessus, et il est monté de travers, comme souvent dans un immeuble recâblé par-dessus l’ancien. Un chargeur léger tient. Un bloc lourd, non : il pend au bout de ses deux broches, le poids fait levier, les broches sortent de deux ou trois millimètres, et le contact devient intermittent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m’en suis rendu compte le matin, en trouvant un ordinateur à moitié chargé et un téléphone qui n’avait rien pris du tout. Pas de panne, pas d’étincelle, pas de drame. Une charge qui s’est arrêtée à un moment que je n’ai pas vu, parce que quelqu’un a fermé la porte de la chambre un peu fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et un bloc massif qui délivre de la puissance dissipe de la chaleur, dans un socle encastré, sans circulation d’air derrière le lit. Je note ce fait et je m’arrête là. Je ne suis ni électricien ni ingénieur, je ne vais pas te donner de conseil de sécurité électrique, et tu remarqueras que les pages qui en donnent gratuitement ne signent jamais de leur métier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conséquence pratique, en revanche, je peux la tirer : à nombre de ports égal, le bloc le plus compact l’emporte, et un bloc qui gagne des ports en gagnant du volume ne gagne rien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-je-retiens-et-ce-que-jignore&quot;&gt;Ce que je retiens, et ce que j’ignore&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le retenu est un bloc universel à quatre ports USB, deux de type C et deux de type A. Il garde la mécanique de l’adaptateur, dont je n’ai aucun usage ici, et il ajoute les quatre ports, qui sont toute la valeur de l’objet. Si tu ne quittes jamais la zone type C et E, un chargeur multiport sans adaptateur fait la même chose en plus petit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, l’inconfort. Le libellé que j’ai relevé ne publie pas la puissance totale de ce bloc. Ni le chiffre global, ni la répartition par port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’écarte plus bas deux objets sur leur puissance annoncée, et je retiens celui dont la puissance n’est pas annoncée. C’est une incohérence et je préfère l’écrire en gras plutôt que de la laisser se faire repérer par quelqu’un d’autre : je le retiens sur son nombre de ports, qui est vérifiable, en ignorant le chiffre qui déciderait s’il recharge un ordinateur. Tu trouveras la question posée telle quelle dans le bloc des limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier motif est le même que celui qui m’a fait éliminer deux ordinateurs en février. Je l’applique une seconde fois sans état d’âme, avec une réserve que l’honnêteté impose : je viens de retenir un objet dont la puissance n’est pas publiée non plus. La différence tient à ce que je lui demande. Les quatre ports sont écrits, et les quatre ports sont ce que j’achète.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre cases sur quinze disent « non publié ». C’est la vraie information de ce tableau. Sur une famille d’objets vendue au nombre de watts, deux fiches sur cinq ne donnent pas de watts, et personne ne s’en émeut parce que personne ne fabrique le tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions restent ouvertes parce que je n’achète pas cinq blocs pour en garder un, et le détail de la méthode est dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#comment-je-choisis&quot;&gt;comment je choisis&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;L’adaptateur universel que je transporte depuis quatre ans a servi pour la première fois cette année, et pas à moi. Une femme croisée dans la cour du riad repartait sur Londres et cherchait depuis dix minutes si quelqu’un avait « le truc à trois pattes ». Je l’avais, au fond de la poche latérale, sous une pochette que je n’avais pas ouverte depuis Séville. Elle est repartie avec. J’ai attendu d’être remonté dans la chambre pour vérifier que je n’en aurais pas besoin avant l’été.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Deux pays avant le déjeuner</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/deux-pays-avant-le-dejeuner/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/deux-pays-avant-le-dejeuner/</guid><description>Faro, Séville, Tarifa, Tanger. Douze heures, quatre correspondances, zéro minute de travail et une seule prise électrique.</description><pubDate>Thu, 26 Feb 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6 h 20, Faro.&lt;/strong&gt; La station routière ouvre sur la rue et il fait quatorze degrés à l’intérieur, ce qui est exactement la température du dehors. Un distributeur de café rend la monnaie en pièces de cinq centimes, une par une, avec un bruit de machine à sous qui réveille les trois personnes assises sur les bancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai dormi là pas loin, dans une chambre au-dessus d’un restaurant fermé pour l’hiver. Je pars vers le sud avec un sac de quarante litres, une besace, et un ordinateur acheté trois semaines plus tôt que je compte bien amortir dans les bus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voilà pour le plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7 h et quelques, direction l’est.&lt;/strong&gt; Le bus est aux trois quarts vide. Je sors l’ordinateur, je l’ouvre, et je le referme au bout de vingt minutes. Pas à cause du bruit, ni de la table, ni du dossier du siège devant. Parce que la route de l’Algarve tourne, et que lire une ligne de texte en tournant donne mal au cœur d’une façon très spécifique que je n’avais pas anticipée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le téléphone, lui, passe. Écran plus petit, tenu plus près, angle qui suit la tête. Je fais des choses sans importance pendant une heure et demie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelque part avant Ayamonte, la frontière.&lt;/strong&gt; Il n’y a rien. Un panneau bleu avec des étoiles, un pont, et le bus qui ne ralentit même pas. Le téléphone, lui, se rend compte de quelque chose : il bascule d’un réseau à l’autre en deux minutes, perd la donnée, la retrouve, et affiche un message d’accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est le seul objet à bord qui a remarqué qu’on avait changé de pays. Ça fait sourire cinq secondes, puis ça devient utile : dans tous les trajets suivants, c’est ce basculement qui m’a servi de repère quand je somnolais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11 h et des poussières, Séville.&lt;/strong&gt; Deux heures d’attente. Le hall est grand, chauffé, et il contient exactement une prise électrique accessible, derrière un distributeur de boissons, à trente centimètres du sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le sais parce que j’ai fait le tour. Deux fois. En traînant un sac de quarante litres, avec l’air de quelqu’un qui cherche quelque chose qu’il a perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait déjà quelqu’un dessus, un type d’une vingtaine d’années avec deux téléphones branchés sur un doubleur. Il m’a proposé de partager quand j’ai fini par m’asseoir à côté sans rien demander, ce qui est une des rares choses que je peux dire de bien sur les stations routières.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une prise, dans un hall de plusieurs centaines de places assises. Ce n’est pas un oubli, c’est une décision. On ne veut pas que tu restes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13 h, le déjeuner.&lt;/strong&gt; Deux pays depuis le réveil, une omelette et un café dans un bar de la rue d’en face, et le premier moment de la journée où je sors le carnet papier plutôt qu’un écran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le carnet papier n’a pas besoin de prise, ne tourne pas avec la route, ne s’éteint pas dans un tunnel et ne demande pas de réseau. Chaque fois que je fais ce genre de journée, je note trois lignes dedans et je me redis la même chose, et chaque fois je l’oublie la semaine suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14 h 30, vers le détroit.&lt;/strong&gt; Trois heures de bus le long de la côte. Pas de prise, pas de tablette qui tienne dans l’espace disponible, et une lumière d’après-midi qui frappe l’écran de plein fouet sur la moitié droite du véhicule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mets le casque et je ne fais rien pendant trois heures. C’est la première fois de la journée que ça ne me dérange pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17 h, Tarifa.&lt;/strong&gt; Le port est petit, le vent est constant, et on comprend en dix secondes pourquoi cette ville est couverte de magasins de kitesurf. Le guichet, l’attente, l’embarquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contrôle marocain se fait à bord. Tu montes, tu t’assieds, et à un moment un agent installé à une table dans le salon appelle les passagers par petits groupes. Tu remplis un formulaire posé sur tes genoux pendant que le bateau bouge, avec un stylo que tu es content d’avoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce détail-là a une conséquence matérielle que je n’avais pas prévue : ton passeport n’est plus dans ta poche pendant vingt minutes, il est dans une pile, et pendant ces vingt minutes tu regardes la pile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;18 h et quelques, le détroit.&lt;/strong&gt; Une heure de traversée. Le wifi du bord existe, s’annonce sur un panneau, et ne fonctionne pas. Personne à bord n’a l’air surpris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La batterie du téléphone est à un tiers. L’ordinateur n’a pas été rouvert depuis l’Algarve. Le chargeur est au fond du sac, dans un compartiment que je n’ai pas ouvert de la journée, ce qui est en soi une information sur la façon dont je fais mes sacs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;19 h 30, Tanger.&lt;/strong&gt; Il fait nuit, il fait doux, et la première chose que je vérifie en arrivant dans la chambre, avant même de poser le sac, c’est la prise murale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est identique à celle de Lisbonne. Deux trous ronds, même standard, aucun adaptateur nécessaire. J’ai transporté un adaptateur universel toute la journée dans une poche latérale, comme je le transporte depuis quatre ans, sans jamais vérifier s’il servait sur cet itinéraire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-compte-de-la-journée&quot;&gt;Le compte de la journée&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Douze heures et quelque, quatre correspondances, deux frontières, une prise électrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temps de travail effectif : zéro minute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n’est ni le bruit, ni le confort, ni l’absence de table. C’est le fractionnement. Une journée à ruptures de charge multiples ne te donne jamais deux heures d’affilée, et deux heures d’affilée sont l’unité minimale en dessous de laquelle je ne produis rien d’utilisable. Une heure vingt de bus, quarante minutes d’attente, dix minutes de correspondance, cinquante minutes de bus, deux heures de hall. Additionne : ça fait beaucoup. Découpe : ça ne fait rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne teste pas la majorité de ce dont je parle sur ce site, et je le détaille dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-ne-teste-pas&quot;&gt;ce que je ne teste pas&lt;/a&gt;. Rien n’est recommandé ici, aucun objet cité n’est lié, et les seuls dont je parle sont ceux que je transporte depuis des années.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une chose que j’ai comprise en attendant à Séville, et je l’ai notée dans le carnet papier avant de la perdre. J’organise mes sacs pour retrouver n’importe quoi en trois secondes, et j’ai passé la journée à ne rien sortir du tout. La seule poche que j’ai ouverte est celle du carnet. Toute cette optimisation sert un scénario qui, ce jour-là, ne s’est jamais produit.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>J&apos;ai oublié la combinaison de mon cadenas, la veille du départ</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/inutile/combinaison-oubliee-veille-du-depart/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/inutile/combinaison-oubliee-veille-du-depart/</guid><description>Mille combinaisons, quarante minutes assis sur un lit, et une découverte plus gênante que l&apos;oubli lui-même.</description><pubDate>Fri, 20 Feb 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;La veille du départ, j’ai vidé le sac sur le lit pour le refaire correctement, ce que je ne fais jamais et que le mois écoulé m’avait donné envie de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la fin, j’ai voulu refermer le cadenas sur la fermeture éclair. Trois molettes, trois chiffres. Je l’avais réglé des mois plus tôt, à un moment où j’étais certain de m’en souvenir, avec une combinaison choisie précisément parce qu’elle était inoubliable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien. Pas un souvenir, pas une intuition, pas même une hésitation entre deux nombres. Le vide complet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-jai-fait&quot;&gt;Ce que j’ai fait&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce que ferait n’importe qui. J’ai commencé à zéro zéro zéro et j’ai fait défiler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un cadenas à trois molettes a mille combinaisons. Assis en tailleur sur un lit, avec un podcast dans les oreilles, tu en fais à peu près vingt-cinq par minute une fois que la main a pris le rythme. Le calcul est immédiat et il est déprimant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s’est ouvert au bout d’environ quarante minutes. Je n’ai même pas eu à aller jusqu’au bout, ce qui est le seul coup de chance de l’histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante minutes. Par quelqu’un qui ne cherchait pas à forcer, qui n’avait aucun outil, et qui s’ennuyait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-jai-découvert-ensuite&quot;&gt;Ce que j’ai découvert ensuite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C’est la partie qui m’a vraiment gêné, et elle n’a rien à voir avec ma mémoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cadenas de cette famille sont homologués pour les contrôles de sécurité, ce qui veut dire une chose précise : ils doivent pouvoir être ouverts sans être détruits par les services habilités. Ça suppose des clés maîtresses, et chaque type de serrure porte un code.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces clés se vendent ouvertement. Référencées par leur code, à l’unité, sur le même catalogue qui vend les cadenas, à côté des cadenas. Ce n’est pas un secret révélé par un forum obscur, c’est un article de vente en ligne avec une fiche produit et un délai de livraison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne détaille rien de plus, ce n’est pas le sujet et je n’ai aucune envie d’écrire un mode d’emploi. Le fait suffit : l’objet est ouvrable sans effort par quiconque veut y mettre le prix d’un sandwich, et c’est par conception, pas par défaut de fabrication.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;contre-quoi-il-protège-alors&quot;&gt;Contre quoi il protège, alors&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il reste une réponse, une seule, et elle est honnête.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadenas empêche une fermeture éclair de s’ouvrir toute seule sous la pression, en soute ou dans un coffre à bagages. Il ajoute aussi quelques secondes à une main opportuniste, et ces quelques secondes ne sont pas rien : celui qui a ouvert ma besace dans un train de janvier a passé quatre secondes dedans, et il n’aurait probablement pas insisté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est tout. Ce n’est pas rien, et ce n’est pas ce que la fiche te vend.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-filtre-de-la-rubrique&quot;&gt;Le filtre de la rubrique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quatre conditions, les quatre obligatoires.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Ça tient dans un sac de quarante litres. Oui.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ça passe en cabine. Oui.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ça coûte moins d’une cinquantaine d’euros. Oui.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;C’est objectivement ridicule et ça résout un problème réel. Ridicule, oui. Réel, presque pas, et c’est tout le sujet.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Verdict : non. Premier non de cette rubrique, et il fallait bien qu’il arrive : un site qui n’a jamais déconseillé un achat n’a aucune valeur d’arbitrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions restent ouvertes parce que je n’achète pas quatre cadenas pour en tester un, et la méthode est dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-ne-teste-pas&quot;&gt;ce que je ne teste pas&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain matin, j’ai laissé le cadenas dans le tiroir de la chambre, avec un mot pour dire qu’il était ouvert et que la combinaison était celle inscrite dessus. Je ne l’ai jamais remplacé. Ce qui m’agace encore, six mois après, c’est d’avoir passé quarante minutes à ouvrir un objet que j’avais acheté pour empêcher exactement ça.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Le drap de sac en soie mérite mieux que sa réputation</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/inutile/drap-de-sac-en-soie/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/inutile/drap-de-sac-en-soie/</guid><description>Un objet de colonie de vacances, cent vingt grammes annoncés, et une question qu&apos;on ne se pose qu&apos;une fois qu&apos;on est couché.</description><pubDate>Fri, 13 Feb 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Il y a une question qu’on ne pose jamais à la réception et qu’on se pose toujours une fois couché, dans le noir, avec la lampe déjà éteinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que ces draps ont été changés ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne la poses pas avant parce qu’elle est désagréable à formuler et parce qu’elle sous-entend quelque chose sur les gens qui te louent la chambre. Tu la poses après, quand il est trop tard pour agir, et tu dors mal pour une raison que tu n’admettras pas le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-réputation&quot;&gt;La réputation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le drap de sac en soie traîne depuis trente ans une image de gadget de colonie de vacances. Un sac en tissu dans lequel on se glisse, coupé comme une taie d’oreiller à taille humaine, vendu à côté des gamelles pliantes et des couverts en plastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette réputation est méritée sur un point : l’objet ressemble à un accessoire de scoutisme et il se replie en une chose informe qu’il faut retasser tous les matins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est fausse sur un autre : la famille a changé de matière et de gabarit, et ce que les fiches annoncent aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’on refourguait aux gamins.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-dit-la-fiche&quot;&gt;Ce que dit la fiche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux mètres dix sur quatre-vingt-quatre centimètres. Cent vingt grammes annoncés. Une pochette de rangement fournie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cent vingt grammes, c’est la moitié d’un chargeur d’ordinateur. C’est le seul argument de cet objet, et il suffit. Dans un sac de quarante litres, la question n’est jamais « est-ce que ça sert », elle est toujours « qu’est-ce que je sors pour faire de la place ». Un objet à cent vingt grammes ne demande pas d’arbitrage, il se glisse dans un interstice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je ne peux pas te dire : ce que valent ces cent vingt grammes après vingt nuits et cinq lavages, ce que la soie annoncée est réellement, et si la couture centrale tient sur quelqu’un qui bouge en dormant. Aucune fiche ne le documente et je n’ai pas l’objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois objets sortis, un retenu. Aucun de ces motifs ne demande d’avoir dormi dedans.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-filtre-de-la-rubrique&quot;&gt;Le filtre de la rubrique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quatre conditions, les quatre obligatoires.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Ça tient dans un sac de quarante litres. Oui, dans le volume d’un poing fermé.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ça passe en cabine. Oui, c’est du tissu.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ça coûte moins d’une cinquantaine d’euros. Oui, pour les formats simples.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;C’est objectivement ridicule et ça résout un problème réel. Ridicule, oui. Réel, oui, mais pas pour tout le monde.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;C’est cette dernière nuance qui décide du verdict.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;défendable-et-pas-plus&quot;&gt;Défendable, et pas plus&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je ne le mets pas en indispensable, et je vais dire précisément pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un objet est indispensable dans cette rubrique quand il règle un problème que tu as forcément. Le fil à linge du mois dernier entre dans cette catégorie : tu laveras du linge, quel que soit ton mode de voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, non. Si tu dors en hôtel, l’objet ne sert à rien et il pèse quand même. Si tu dors chez l’habitant, il envoie un signal désagréable que je n’ai pas envie de t’aider à envoyer. Il ne devient utile qu’au-delà d’un certain volume de nuits dans des lieux dont tu ne choisis pas la literie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’écrirai rien sur ce que cet objet protège ou ne protège pas. C’est une question sanitaire, aucune fiche ne l’étaye, et une phrase rassurante non sourcée sur ce terrain serait exactement le genre de chose que ce site reproche aux autres. La règle est dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-refuse&quot;&gt;ce que je refuse&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je retiens de cette famille, ce n’est pas l’objet. C’est que la seule question qu’il traite est une question qu’on ne pose jamais à voix haute, et que le marché en a fait un article de camping. Il aurait fallu le vendre comme ce qu’il est : un accessoire qui rend supportable de ne pas savoir.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Racheter un ordinateur en quatre jours</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/racheter-un-ordinateur-en-quatre-jours/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/racheter-un-ordinateur-en-quatre-jours/</guid><description>Six machines, trois contraintes non négociables, cinq éliminations. Deux des six, je les ai eues entre les mains. Les quatre autres, non.</description><pubDate>Thu, 05 Feb 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Quatre jours. C’est le temps qu’il me restait à Lisbonne avant de reprendre la route, et c’est la contrainte qui a tout structuré.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cas d’achat n’existe nulle part dans les comparatifs. Ils supposent tous que tu as le temps : lire, comparer, attendre une promotion, hésiter entre deux configurations. Le remplacement en urgence obéit à d’autres règles, et la première est qu’un produit indisponible n’est pas un candidat, quelles que soient ses qualités.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-trois-contraintes&quot;&gt;Les trois contraintes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elles n’ont pas bougé d’un millimètre en quatre jours, ce qui est déjà une information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ça se porte toute la journée.&lt;/strong&gt; Sur le dos, dans une besace, quinze kilomètres à pied certains jours. Le poids est mon premier critère, avant la puissance, avant l’écran, avant le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ça tient une journée de travail sans chargeur.&lt;/strong&gt; Pas une journée de bureau. Une journée où le chargeur reste dans la chambre parce que le café n’a pas de prise et que la bibliothèque ferme à dix-sept heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C’est livrable avant que je reparte.&lt;/strong&gt; Quatre jours, adresse temporaire, aucun retour possible ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;comment-jai-trouvé-six-candidats&quot;&gt;Comment j’ai trouvé six candidats&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai pas lu de comparatif. J’en ai ouvert deux le premier soir, et je les ai fermés au bout de dix minutes pour la même raison : ils classaient des machines que je ne pouvais pas recevoir avant mon départ, et aucun des deux ne mentionnait la disponibilité comme un critère.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La méthode qui a marché est plus bête. J’ai filtré sur la diagonale, entre treize et quinze pouces, puis j’ai trié par ce que le vendeur affichait comme délai. Ça m’a laissé une trentaine de références. J’ai éliminé tout ce dont le libellé ne portait ni masse ni autonomie, ce qui en a retiré les deux tiers d’un coup. Restaient une dizaine de machines, dont six correspondaient à quelque chose que j’aurais pu porter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette façon de faire a un défaut évident : elle favorise les constructeurs qui écrivent bien leurs fiches, pas ceux qui fabriquent bien leurs machines. Je l’assume parce que je n’avais aucun moyen d’évaluer la seconde qualité en quatre jours, et parce que la première est au moins vérifiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a aussi un effet secondaire que je n’avais pas prévu. En quatre jours, je n’ai regardé aucune image de produit. Pas une. J’ai passé mon temps dans des tableaux de caractéristiques et dans des notices, et je crois que c’est la première fois de ma vie que j’achète un objet à plus de mille euros sans jamais avoir eu envie de savoir à quoi il ressemblait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux dernières éliminations peuvent paraître mesquines. Elles ne le sont pas. Quand le poids est ton premier critère et que la page de vente ne le donne pas, la page a répondu à ta question : ce n’est pas un argument que le vendeur met en avant, donc ce n’est probablement pas un point fort. Je préfère écarter une bonne machine sur une fiche muette que retenir une machine dont j’ignore la donnée qui compte le plus pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas du clavier est différent, et c’est le seul de ce tableau qui vaut vraiment quelque chose. J’ai tapé deux ans sur la génération précédente de cette machine, tous les jours, dans des trains et des cafés. Je sais de quoi je parle et c’est rare sur ce site. Ce que je ne sais pas, c’est si le constructeur a corrigé la frappe depuis, et rien sur la fiche ne permet de le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun &lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt; dans ce tableau. Je n’ai pas pesé ces machines, je n’ai pas d’instrument, et je ne vais pas transformer une donnée de vendeur en relevé personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note sur la masse de la machine retenue : la fiche affiche une valeur qui correspond à un poids d’expédition, emballage compris, et non à la masse de l’appareil. Je ne la reprends pas. C’est un cas fréquent et c’est exactement pourquoi une fiche qui ne publie pas de poids clair est un signal, pas un détail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;pourquoi-celle-là&quot;&gt;Pourquoi celle-là&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elle coche les trois contraintes sans que j’aie à deviner une valeur manquante, et elle était disponible immédiatement. Ce n’est pas un raisonnement brillant. C’est le raisonnement qui reste quand tu as quatre jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois plus tard, ce que je peux en dire, et c’est du possédé, pas de l’analyse : l’autonomie tient ce qu’elle annonce, l’ergonomie du système m’a demandé une semaine et ne m’a plus rien demandé depuis, et le clavier ne me fait pas faire de fautes. Ce dernier point n’était pas dans mes critères. Il aurait dû y être.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je ne peux pas te dire, c’est si c’est la meilleure machine de cette liste. Je n’ai pas essayé les cinq autres, et personne ne peut te le dire sans les avoir portées sur le dos pendant six mois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;journal-de-révision&quot;&gt;Journal de révision&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La génération M5 est sortie depuis, et le modèle décrit ici n’est plus qu’en stock résiduel. Si tu lis ce texte aujourd’hui, l’équivalent courant est le même 13 pouces en génération suivante. Le raisonnement des trois contraintes ne change pas, les chiffres de la fiche, si.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois questions restent ouvertes parce que je n’achète pas six machines pour en garder une, et le détail de la méthode est dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#comment-je-choisis&quot;&gt;comment je choisis&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;Ce que cet épisode m’a coûté, ce n’est pas le prix de la machine. C’est d’avoir découvert, en quatre jours, que mon critère numéro un depuis cinq ans n’était pas le poids. C’était l’habitude. J’ai racheté la même catégorie d’objet que celle qu’on m’avait prise, en changeant de marque par accident plutôt que par décision, et j’ai eu de la chance que ça tombe juste.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Une chambre sans étendoir, à Lisbonne, en janvier</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/inutile/chambre-sans-etendoir-lisbonne/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/inutile/chambre-sans-etendoir-lisbonne/</guid><description>Deux tee-shirts lavés dans un lavabo, une pièce à quatorze degrés, cinq objets de la même famille et un seul qui n&apos;ajoute aucun problème.</description><pubDate>Fri, 30 Jan 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;La chambre faisait onze mètres carrés, au quatrième sans ascenseur, avec une fenêtre qui donnait sur le mur de l’immeuble d’en face. Lisbonne en janvier, ça veut dire quatorze degrés à l’intérieur, de l’humidité partout et aucun chauffage, parce que le pays a longtemps considéré que l’hiver durait trois semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai lavé deux tee-shirts et trois paires de chaussettes dans le lavabo, un dimanche soir. Je fais ça chaque semaine depuis des années et ça ne pose aucun problème dans une pièce qui a un radiateur ou un balcon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Là, il y avait une chaise, une porte, et une tringle de rideau de douche montée en biais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-la-pièce-timpose&quot;&gt;Ce que la pièce t’impose&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mardi matin, les tee-shirts étaient toujours humides. Pas mouillés, humides, ce qui est pire : ça sent le fond de sac et cette odeur ne part plus au lavage suivant. J’en ai porté un quand même, parce que je n’avais pas prévu de rester bloqué par ma lessive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chambre non chauffée fait deux choses au linge. Elle ralentit l’évaporation, ce qui était prévisible. Et elle t’oblige à répartir le tissu, parce qu’un vêtement plié en deux sur un dossier de chaise sèche par les bords et reste mouillé au pli. Le dossier de chaise n’est pas un étendoir en petit, c’est un objet qui fait exactement le contraire de ce qu’on lui demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu’il faut, ce sont deux points d’accroche et une ligne tendue entre eux. Toute la famille d’objets dont je parle ici s’attaque à ça, et la plupart s’y prennent en ajoutant un problème.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;lobjet&quot;&gt;L’objet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un élastique tressé en deux brins torsadés l’un sur l’autre, avec un mousqueton à chaque extrémité. On l’accroche entre deux points, on écarte les brins du doigt, on glisse un coin de tissu, on relâche, et la torsade est censée se refermer et pincer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai pas vérifié ce dernier point, faute d’avoir l’objet. Ce que je peux vérifier, c’est la fiche : 1,8 mètre au repos, 3 mètres en extension, nylon et polyester, aucune pince fournie et aucune requise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n’y a rien d’autre. C’est le point entier de l’objet. Les pinces de voyage se vendent par sachets de douze, tu en perds trois par mois et il faut penser à les racheter. Supprimer un consommable dans un sac de quarante litres, ça compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il coûte à peu près le prix d’un café dans un aéroport. Il est aussi ridicule : ça ressemble à un article de catalogue par correspondance des années soixante-dix, et j’imagine assez bien le commentaire que ça déclenche dans un dortoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre objets sortis, un retenu. Aucun de ces motifs ne demande d’avoir testé quoi que ce soit : ventouses, pinces et perçage sont annoncés par les vendeurs eux-mêmes, et ce sont eux qui disqualifient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces valeurs n’a été vérifiée par moi. Elles viennent des vendeurs et elles sont marquées comme telles, ce qui est la seule façon honnête de les publier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-filtre-de-la-rubrique&quot;&gt;Le filtre de la rubrique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quatre conditions, les quatre obligatoires.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Ça tient dans un sac de quarante litres. Oui, la famille entière tient dans une poche.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ça passe en cabine. Oui. Ni lame, ni liquide, ni batterie.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ça coûte moins d’une cinquantaine d’euros. Largement.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;C’est objectivement ridicule et ça résout un problème réel. Oui aux deux, et c’est rare.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Verdict : indispensable, et l’argument tient en une phrase. Dans une chambre inconnue, ce qui n’existe pas ne peut pas tomber en panne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois questions restent ouvertes parce que je n’ai pas acheté l’objet, ce qui est la règle du site et pas une exception : le détail est dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-ne-teste-pas&quot;&gt;ce que je ne teste pas&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;Le tee-shirt que j’ai porté humide ce mardi-là a fini à la poubelle trois villes plus loin, parce que l’odeur n’était jamais partie. Un vêtement perdu pour quarante-huit heures de séchage raté, dans un sac qui en contient six. C’est le vrai coût du problème, et c’est pour ça qu’une rubrique consacrée aux objets ridicules commence par celui-là.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Je n&apos;ai pas essayé la moitié de ce que je conseille</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/je-nai-pas-essaye-la-moitie/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/je-nai-pas-essaye-la-moitie/</guid><description>Un lecteur me demande pourquoi il lirait quelqu&apos;un qui recommande des objets qu&apos;il n&apos;a pas eus en main. Réponse complète, sans arrangement.</description><pubDate>Thu, 22 Jan 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Un lecteur m’a écrit. Le message tenait en trois lignes, et la dernière était la seule qui comptait.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tu recommandes un sac que tu n’as jamais porté. Pourquoi je te lirais ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C’est la meilleure question qu’on m’ait posée sur ce site, et je n’ai pas de réponse maligne. Je vais prendre le temps de répondre pour de vrai, parce que si la réponse ne tient pas, rien de ce que j’écrirai ensuite ne tient non plus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;pourquoi-je-ne-teste-pas&quot;&gt;Pourquoi je ne teste pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tester un sac à dos, ça ne veut pas dire l’ouvrir et le trouver joli. Ça veut dire en acheter cinq ou six comparables, les charger à l’identique, les porter chacun pendant trois semaines dans des conditions équivalentes, noter ce qui frotte, ce qui se déchire, ce qui se ferme mal quand il pleut, puis jeter cinq sacs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vis dans quarante litres et je change de ville toutes les trois semaines. Je n’ai ni le budget pour acheter six sacs, ni la place pour les transporter, ni le stock de trajets identiques qui rendrait la comparaison honnête. Ce n’est pas une posture morale sur la consommation. C’est une contrainte physique, et elle ne bougera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sites qui font ça correctement existent. Ils achètent leur matériel, ils publient leur protocole, ils emploient des gens et ils vivent d’abonnements autant que de commissions. Je n’ai aucune envie de faire semblant d’être eux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-je-fais-à-la-place&quot;&gt;Ce que je fais à la place&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je lis les notices. Un mercredi de janvier, dans un café de la Rua da Graça où le wifi tenait mal, j’ai passé une heure et quart sur le manuel d’un sac à dos pour une seule information : la hauteur exacte du dos, qui n’apparaît sur aucune page de vente et qui décide si le sac passe sous un siège d’avion. Les notices sont en téléchargement, personne ne les ouvre, et elles contiennent les limites d’usage, les températures de fonctionnement et les avertissements que la fiche commerciale ne reprend jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les normes, quand il y en a, valent mieux que tout ce qui les entoure. Un indice de protection contre l’eau, une capacité en wattheures, une classe de résistance à la surtension veulent dire quelque chose de précis. Les adjectifs de la page de vente, non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La note moyenne ne dit rien. Je lis les retours négatifs détaillés, sur douze ou dix-huit mois, en cherchant les défauts qui reviennent chez plusieurs personnes différentes dans plusieurs pays. Une fermeture éclair qui lâche chez trois personnes en Europe et deux en Amérique du Nord sur la même période, c’est un signal. Quarante commentaires enthousiastes publiés la même semaine, c’en est un autre, dans l’autre sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout, j’élimine. C’est la partie la plus utile et celle qui prend le plus de temps. Sur une famille d’objets, la quasi-totalité du catalogue tombe sur des critères vérifiables sans avoir l’objet : dimensions qui ne passent pas en cabine, absence de pièce détachée, indisponibilité en France, poids incompatible avec l’usage annoncé. Ce qui reste, trois ou quatre références, mérite qu’on en parle. Les cinquante autres méritent qu’on explique pourquoi elles sont sorties.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-quatre-mots&quot;&gt;Les quatre mots&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur chaque objet dont je parle ici, il y a un mot qui dit d’où je parle. Il est affiché, pas caché dans une page méthodologie que personne n’ouvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Possédé.&lt;/strong&gt; L’objet est à moi, je m’en sers, et je précise depuis combien de temps. Le téléphone que j’ai dans la poche depuis quatre ans est dans cette catégorie. Ce niveau ne me permet toujours pas de dire qu’il est meilleur qu’un autre, seulement qu’il a tenu quatre ans chez moi, dans mes conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Manipulé.&lt;/strong&gt; Je l’ai eu en main, dans une boutique, chez quelqu’un, sans usage prolongé. Je peux parler de son poids, de sa finition, de la façon dont une fermeture se comporte. Ce niveau ne me permet rien d’affirmer sur la durabilité, ce qui est justement la question que tout le monde se pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analysé.&lt;/strong&gt; Je ne l’ai pas eu en main. J’ai lu la notice, les spécifications, les démontages publiés quand il en existe. Ce niveau ne me permet aucune affirmation sur le confort, sur le bruit réel, ni sur ce que l’objet devient après six mois. Le texte que tu lis en ce moment est dans cette catégorie : il parle de méthode, il ne recommande rien, et il ne prouve rien sur aucun objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Croisé.&lt;/strong&gt; Je ne l’ai pas eu en main et je m’appuie sur des retours publics, dont je donne le nombre et la période. Ce niveau ne me permet aucune affirmation sur une expérience personnelle, et il hérite de tous les biais de ces retours, y compris ceux que je n’ai pas repérés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre mots sont détaillés dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-ne-teste-pas&quot;&gt;ce que je ne teste pas&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#comment-je-choisis&quot;&gt;comment je choisis&lt;/a&gt;. Tant que je n’ai rien acheté d’une famille d’objets, seuls les deux derniers sont utilisables, et je m’y tiens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-je-ne-ferai-pas&quot;&gt;Ce que je ne ferai pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n’écrirai jamais « j’ai testé » sur un objet que je n’ai pas testé. Ni « après six mois d’usage », ni « je l’emporte partout ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette règle est la seule chose qui sépare ce site de ce qu’il critique. La phrase est facile à écrire, elle augmente la conversion, et elle est fausse. Elle est aussi assez répandue pour qu’une enquête publiée en février 2024 par un petit site de test ait pu documenter, captures d’archives à l’appui, comment des publications à très forte audience revendiquaient des dizaines d’appareils testés sur des pages où, quelques semaines plus tôt, aucune mention de test n’existait (&lt;a href=&quot;https://housefresh.com/david-vs-digital-goliaths/&quot;&gt;l’enquête est ici&lt;/a&gt;, publiée en février 2024).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne nomme personne, ce n’est pas mon sujet et je n’ai pas refait leur travail de vérification. Ce qui m’intéresse, c’est que la fraude est indétectable en lecture. Une page qui prétend avoir testé et une page qui a testé se ressemblent exactement. Le lecteur n’a aucun moyen de trancher, sauf si l’auteur dit lui-même où il en est.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;et-largent&quot;&gt;Et l’argent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a des liens affiliés sur ce site, et je touche une commission quand quelqu’un achète après avoir cliqué. C’est écrit avant chaque lien, pas en bas de page. Le détail est dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#comment-je-gagne-de-l-argent&quot;&gt;comment je gagne de l’argent&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que ça change à ce que j’écris : rien sur les objets que je recommande, parce que la commission est la même quel que soit l’objet. Ce que ça change au choix des sujets : tout. Je choisis d’écrire sur des familles d’objets qui existent dans un catalogue plutôt que sur des choses qui ne s’achètent pas. Autant que tu le saches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai pas répondu au lecteur tout de suite. J’ai mis quatre jours, parce que ma première réponse commençait par « en réalité, tester ne garantit pas non plus », et que c’était une esquive. Tester garantit quelque chose. Pas tout, mais quelque chose, et prétendre l’inverse aurait été le premier mensonge d’une longue série.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Ce que le voleur a laissé dans mon sac</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/ce-que-le-voleur-a-laisse/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/ce-que-le-voleur-a-laisse/</guid><description>Neuf objets ignorés en quatre secondes. Leur classement par un inconnu ne ressemble à aucun classement que j&apos;aurais fait moi-même.</description><pubDate>Thu, 15 Jan 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Le lendemain matin, dans une chambre de Graça avec une fenêtre qui donnait sur un mur, j’ai vidé la besace sur le lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neuf objets. Ce ne sont pas mes affaires préférées, ni les plus chères, ni les plus utiles. Ce sont celles qu’un inconnu a touchées, regardées et reposées, dans une voiture de train, en quelques secondes, sans lumière et sans temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, quelqu’un venait d’établir un classement de mes propres affaires, selon des critères qui ne sont pas les miens, et je pouvais le lire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-disque-dur&quot;&gt;Le disque dur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux téraoctets, dans une pochette en tissu gris qui a l’air d’une trousse de toilette d’hôtel. Quatre ans de fichiers, dont trois ans qui n’existent nulle part ailleurs, ce qui est un aveu que je fais ici une fois et que je ne referai pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il était au fond, sous les câbles. Souple au toucher, sans arêtes, rien qui ressemble à un appareil. Si je devais classer ce que je transportais par valeur réelle, il serait premier, très loin devant l’ordinateur, qui n’est qu’un objet remplaçable en quatre jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est resté.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-clé-de-sécurité&quot;&gt;La clé de sécurité&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un rectangle de plastique noir de la taille d’une phalange, avec un trou pour un porte-clés. Il ouvre mes comptes, mes accès clients, ma messagerie et le compte qui héberge ce site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il était dans la poche avant. Celle qui s’ouvre en tirant une languette, en une seconde, sans forcer, et qui est la première chose qu’on trouve quand on met la main dans une besace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emporté avec l’ordinateur, il aurait fait passer l’affaire de la contrariété coûteuse à la nuit blanche puis à trois jours de révocation d’accès. Il ressemble à un porte-clés publicitaire de garage automobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est resté.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;la-souris&quot;&gt;La souris&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une petite Logitech sans fil, avec un récepteur planté dans une fente au-dessus du logo. J’en suis à la troisième du même modèle. Les deux premières ont disparu, l’une dans une chambre à Split, l’autre dans un bus de nuit dont je ne sais plus le trajet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À chaque fois j’ai racheté la même, à l’identique, sans regarder ce qui existait d’autre. Je devrais avoir honte de cette phrase vu ce que je passe mes journées à faire. Je l’écris quand même, parce que la moitié des gens qui liront ça fonctionnent pareil sur au moins un objet, et que personne ne l’écrit jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est restée, et je comprends. Personne ne vole une souris.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;les-chargeurs-ladaptateur-les-câbles&quot;&gt;Les chargeurs, l’adaptateur, les câbles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quatre objets, une seule ligne chacun, parce qu’ils ne méritent pas mieux.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Un chargeur de portable universel, celui de l’ordinateur parti, désormais orphelin et parfaitement inutile pendant quatre jours.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Un chargeur de téléphone bas de gamme acheté au Portugal deux semaines plus tôt.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Un adaptateur de prise que je trimballe par superstition depuis un voyage où j’en avais eu besoin une fois.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Un rouleau de câbles maintenu par un élastique de bureau, dont deux ne servent plus à rien depuis longtemps.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le voleur les a laissés. C’est le seul point sur lequel son classement et le mien coïncident.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-nétait-pas-dans-la-besace&quot;&gt;Ce qui n’était pas dans la besace&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trois objets ont survécu pour une raison différente : ils n’étaient pas là.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le téléphone, un Galaxy S22 acheté au printemps 2022, dans la poche droite de mon pantalon comme depuis quatre ans. Le passeport, dans la veste, parce que le contrôleur l’avait demandé le matin et que je ne l’avais pas rangé. Et une vieille tablette Android avec un projecteur dans la charnière, mon cinéma de chambre d’hôtel, dans le petit sac que je garde entre les pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois-là ne doivent rien à un classement. Ils doivent leur survie à une poche de pantalon, à une distraction et à une frontière mentale que je m’étais fixée pour de mauvaises raisons : la tablette ne sert pas à travailler, elle ne va donc pas avec le matériel de travail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;le-classement-du-voleur&quot;&gt;Le classement du voleur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reprends la liste et regarde ce qu’il en a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a pris deux objets, un ordinateur et un étui vide. Il a laissé un disque contenant trois ans de travail irremplaçable, la clé qui ouvre tous mes accès, et une souris qui vaut le prix d’un repas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son critère n’est pas le prix. Ce n’est pas non plus la valeur d’usage, qu’il ne peut pas connaître. C’est la ressemblance : est-ce que cet objet a l’air d’un objet cher ? Une coque moulée dit oui. Une pochette en tissu dit non. Un bout de plastique noir de trois centimètres ne dit rien du tout, et ne rien dire est la meilleure protection de toute cette liste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus dérangeant n’est pas qu’il se soit trompé. C’est que moi aussi. J’avais rangé la chose la plus critique de mon sac, la clé de sécurité, dans la poche la plus accessible, parce que je la sortais souvent et que c’était pratique. Mon classement à moi était fondé sur la fréquence d’usage. Le sien sur l’apparence. Aucun des deux ne portait sur ce qui compte, c’est-à-dire sur ce que je ne peux pas remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-que-jai-changé&quot;&gt;Ce que j’ai changé&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux choses, et elles ne coûtent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clé de sécurité ne dort plus jamais contre la machine qu’elle ouvre. Elle vit dans une poche de veste, avec les papiers, et je perds trois secondes par jour à la chercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le disque de sauvegarde ne voyage plus dans le même sac que la machine qu’il sauvegarde. C’est une contrainte pénible, parce qu’elle m’oblige à porter deux sacs les jours où un seul suffirait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n’ai racheté ni cadenas, ni antivol, ni traceur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne teste pas la majorité de ce dont je parle sur ce site, et je le détaille dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-ne-teste-pas&quot;&gt;ce que je ne teste pas&lt;/a&gt;. Les objets ci-dessus font partie de la minorité : ils sont à moi, ils ont des années d’usage, et c’est pour ça que je m’autorise à en parler comme je viens de le faire. Ça ne me permet toujours pas de te dire qu’ils sont meilleurs que d’autres. Je n’ai pas essayé les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une chose que je n’ai pas faite, et j’y pense encore. Je n’ai pas vérifié si le disque dur fonctionnait. Il a passé six semaines dans le sac avant que je le branche, parce que j’étais tellement soulagé qu’il soit là que l’idée de le tester ne m’a pas traversé l’esprit. Un objet retrouvé n’est pas un objet vérifié, et j’ai eu de la chance.&lt;/p&gt;</content:encoded></item><item><title>Il a pris la housse de mon casque, j&apos;avais le casque sur la tête</title><link>https://www.voyageur.tech/fr/carnet/housse-casque-vide-train-porto/</link><guid isPermaLink="true">https://www.voyageur.tech/fr/carnet/housse-casque-vide-train-porto/</guid><description>Ma besace était ouverte au-dessus de moi pendant trois heures. Le voleur a emporté un étui vide et un ordinateur, et il n&apos;a rien vérifié.</description><pubDate>Thu, 08 Jan 2026 00:00:00 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;Ma besace était dans le porte-bagages, juste au-dessus de moi. Pas deux rangées plus loin, pas à l’autre bout de la voiture. Au-dessus. J’aurais pu la toucher en levant le bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelqu’un l’a ouverte pendant le trajet, y a mis la main, a pris deux choses et l’a laissée là. Je n’ai rien vu, parce que je regardais un écran. Je n’ai rien entendu, et c’est le détail que je trouve encore drôle sept mois après : j’avais la réduction de bruit à fond, sur un casque qui coûte le prix d’un vol long-courrier, précisément pour ne rien entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’outil qui a rendu le vol possible et l’objet volé sont le même objet. Enfin, presque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-manquait&quot;&gt;Ce qui manquait&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je m’en suis rendu compte à Lisbonne, en descendant la besace. La fermeture éclair du compartiment principal était ouverte sur une vingtaine de centimètres. Pas arrachée, pas forcée. Ouverte, comme on ouvre un sac qui est à soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il manquait l’ordinateur. Un LG Gram 15 pouces, dans sa housse matelassée. Celui qui pèse à peine plus qu’un magazine épais, qui tient la journée sans chargeur, et dont le clavier était le pire que j’aie eu entre les mains. Une frappe molle, sans retour, sur laquelle je faisais deux fois plus de fautes qu’ailleurs. Je râlais dessus depuis deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il manquait l’étui de mon casque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’étui. Pas le casque. Un Sony WH-1000XM4 se range dans une coque rigide en forme de galet aplati, qui prend une place absurde dans un sac et dont je me plaignais à peu près aussi souvent que du clavier. Cette coque était vide. Il restait dedans un câble jack et un câble USB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le casque, lui, était sur ma tête. Il y était depuis Porto. Il y était encore quand j’ai ouvert le sac à Lisbonne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-quil-a-laissé&quot;&gt;Ce qu’il a laissé&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le disque dur externe, dans sa pochette en tissu, au fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clé de sécurité, le petit machin en plastique qui déverrouille mes comptes, dans la poche avant. Celle qui s’ouvre en tirant sur une languette, sans effort, en une seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souris. Deux chargeurs. Un adaptateur. Un rouleau de câbles maintenu par un élastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Additionne. Ce qu’il a laissé dans ce sac vaut, à la revente, plus cher que l’étui vide qu’il a emporté. Et la clé de sécurité, prise avec l’ordinateur, aurait transformé un vol de matériel en un problème d’une tout autre catégorie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne l’a pas prise. Il n’a pas regardé.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;quatre-secondes-de-tri&quot;&gt;Quatre secondes de tri&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voilà ce que cet épisode m’a appris, et c’est la seule chose que j’en ai tirée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un type qui met la main dans un sac dans un train ne fait pas d’inventaire. Il a quelques secondes, il est debout dans un couloir, et il trie à l’aveugle avec une règle simple : ce qui a la forme d’un objet cher est un objet cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une housse matelassée rectangulaire, c’est un ordinateur. Il l’a prise, il a eu raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une coque rigide de la taille d’une main, moulée, avec une fermeture éclair qui fait le tour, c’est un objet fragile et coûteux. Il l’a prise, il s’est trompé, et il ne l’a pas ouverte pour vérifier. Elle pesait quatre cents grammes de moins qu’un casque et il n’a même pas senti la différence, parce qu’il ne cherchait pas à la sentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un disque dur dans une pochette en tissu souple, ça ressemble à une trousse. Un boîtier d’authentification, ça ressemble à un porte-clés en plastique. Une souris, ça ressemble à une souris, et personne ne vole une souris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tri se fait sur l’apparence, pas sur le contenu. J’avais toujours cru le contraire, sans jamais me poser la question, parce que je n’avais jamais eu à la poser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;ce-qui-aurait-aidé&quot;&gt;Ce qui aurait aidé&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pas un cadenas. Une fermeture cadenassée sur une besace en toile, dans un train, ça signale un sac qui contient quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas un traceur non plus. Il t’apprend que ton ordinateur est dans un quartier de Lisbonne où tu ne veux pas aller sonner aux portes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui aurait aidé tient en une phrase que je n’aurais pas écrite avant janvier : arrêter de ranger mes affaires dans des contenants qui annoncent ce qu’ils contiennent. La housse matelassée d’ordinateur est une étiquette. La coque moulée de casque est une étiquette. Elles sont vendues comme de la protection et elles font aussi de la signalisation, gratuitement, dans les deux sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, l’ordinateur voyage dans une pochette en tissu quelconque, et le casque n’a plus d’étui du tout. Il pend au sac par son arceau, à la vue de tout le monde, ce qui est exactement le contraire de ce que recommande n’importe quel guide de sécurité en voyage. Personne n’y a touché en six mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je précise que je n’en tire aucune règle générale. Un seul cas, une seule ligne, un seul voleur, sept mois d’observation. C’est une anecdote qui m’a fait changer une habitude, pas une méthode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce carnet ne teste pas la majorité de ce dont il parle, et c’est écrit noir sur blanc dans &lt;a href=&quot;/fr/manifeste/#ce-que-je-ne-teste-pas&quot;&gt;ce que je ne teste pas&lt;/a&gt;. Les objets cités ici sont une exception : ils étaient à moi et je m’en servais tous les jours. Ça m’autorise à dire ce qu’ils faisaient pour moi, rien de plus, ni qu’ils étaient bons, ni qu’ils valaient mieux que ce que tu as dans ton sac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je râlais sur cet étui depuis deux ans. Trop gros, trop rigide, mal foutu pour un objet qu’on met sur la tête et qu’on ne range jamais. J’ai passé deux ans à dire à qui voulait l’entendre que je m’en débarrasserais un jour. Quelqu’un s’en est chargé, sur les trois cents kilomètres entre Porto et Lisbonne, et je ne l’ai jamais remplacé.&lt;/p&gt;</content:encoded></item></channel></rss>