LE VOYAGEUR TECH ADAM OSOBA

Trois jours à l'économie, sous un typhon

Taipei, mai 2026 6 min de lecture Possédé et utilisé Usage direct sur la durée indiquée, à la date d'achat indiquée : au-delà de ce cadre, aucune affirmation.
Bancs publics vides sur un trottoir mouillé la nuit, silhouette d’un passant au loin, en noir et blanc.
Sommaire
  1. Ce qui s’est passé
  2. L’inventaire du soir
  3. L’exception, trouvée le deuxième jour
  4. Le réseau existait et ne servait à rien
  5. Le classement qui s’est imposé
  6. Ce qui aurait aidé

Aucun appareil n’est tombé en panne.

Je commence par là parce que c’est le contraire de ce que j’écris d’habitude quand je parle d’électricité. Le mois précédent, à Chiang Mai, une multiprise avait rendu l’âme dans un claquement sec et une odeur de plastique chaud qui reste dans une chambre pendant deux jours. Là, rien. Pas une odeur, pas un fusible, pas un boîtier tiède.

Tout mon matériel fonctionnait parfaitement, et c’est précisément ce qui rendait la situation bête. J’avais six objets en état de marche et plus rien pour les remplir.

Ce qui s’est passé

Le typhon a été annoncé plusieurs jours avant. Je ne vais pas te donner de chiffres météo, je n’en ai relevé aucun et je ne vais pas recopier ceux d’un site pour faire sérieux.

Ce que j’ai vu, moi, tient en peu de choses. La supérette du coin de la rue avait un rayon vide et un rayon plein, et je n’ai pas su lire lequel des deux était le signal. Les volets métalliques de la rue sont descendus dans l’après-midi, les uns après les autres, avec un bruit que j’entends encore. Vers dix-neuf heures, le courant est parti dans l’immeuble et il est revenu soixante-dix heures plus tard.

Je n’ai jamais été en danger, je n’ai manqué de rien d’essentiel, et cet article ne contient aucun récit de survie. Je suis resté dans une chambre à faire des divisions.

L’inventaire du soir

Première réaction, allumer tous les écrans pour savoir où j’en suis. Deuxième réaction, une seconde plus tard, comprendre que c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire.

J’ai relevé les niveaux une seule fois, et je les ai écrits sur le carnet papier. Pas par romantisme. Parce que tenir une liste dans un téléphone suppose de rallumer le téléphone pour la relire.

L’ordinateur était aux trois quarts. Le téléphone un peu au-dessus de quarante pour cent, ce qui était ma faute et pas celle du typhon. Le casque affichait quelque chose autour de la moitié. La vieille tablette à projecteur, douze pour cent, ce qui la sortait du jeu immédiatement.

L’enceinte Bluetooth à mousqueton, elle, n’a pas de jauge. Elle a une voix qui annonce un jour que la batterie est faible, et avant ce jour tu ne sais rien. J’en suis à mon troisième exemplaire de ce modèle et je découvre seulement maintenant que je n’ai jamais su combien il lui restait.

Additionne ces pourcents, ça paraît confortable. Répartis-les, ça ne l’est plus, parce qu’un pourcent ne se déplace pas d’un appareil à l’autre.

L’exception, trouvée le deuxième jour

Un appareil peut en remplir un autre. L’ordinateur alimente le téléphone par le connecteur que les deux partagent, et il contient de loin la plus grosse réserve de la pièce.

Je l’ai su le deuxième jour. J’ai la machine depuis février, je l’utilise tous les jours, et il m’a fallu une coupure de courant pour regarder l’objet le plus cher de mon sac comme un réservoir.

Ce transfert coûte quelque chose. La machine se réveille, l’écran s’allume une seconde, et une partie de l’énergie se perd en chemin. Combien, je n’en sais rien. Je n’ai pas d’instrument, et je ne vais pas inventer un rendement pour faire joli.

Ce que je peux dire, c’est que l’objet dont je me suis le moins servi en trois jours est celui qui a fait le plus de travail.

Le réseau existait et ne servait à rien

La donnée mobile n’a jamais complètement disparu. Elle était là, affichée, avec des barres. Entre le milieu de l’après-midi et le milieu de la nuit, elle ne transportait rien d’utilisable. Vers quatre heures du matin, tout passait.

Je n’explique pas ce phénomène, je le constate sur trois jours et sur un seul téléphone, dans un seul quartier. Ça ne fait pas une donnée.

Le point matériel, en revanche, m’a coûté cher. Mon téléphone s’est vidé plus vite qu’un jour normal en faisant beaucoup moins de choses. J’ai passé une heure et demie, le premier soir, à attendre que des messages partent, écran allumé, à regarder une roue tourner. C’est la dépense la plus stupide des trois jours et je l’ai faite en toute conscience.

Le classement qui s’est imposé

Le deuxième jour, j’avais un ordre. Il ne ressemble pas à ce que j’aurais écrit à froid.

  • Le téléphone. Pas parce qu’il fait le plus de choses, parce qu’il est le seul à recevoir quelque chose de l’extérieur.
  • L’ordinateur. Réservoir. Ouvert deux fois en trois jours, et jamais pour travailler.
  • Les écouteurs filaires. Zéro pourcent consommé, et c’est leur seule qualité dans cette histoire.
  • Le casque. Sa réduction de bruit est du confort, et le confort a été la première ligne coupée.
  • L’enceinte. Elle ne rend rien qu’un autre appareil ne rende déjà. Restée éteinte.
  • La tablette à projecteur. Douze pour cent, un projecteur, un mur blanc et aucune raison.

Ce classement ne suit ni le prix des objets, ni la place qu’ils occupent dans mes journées normales. Il suit une seule question : qu’est-ce que cet appareil me rend, en échange de ce qu’il consomme, dans les trois prochaines heures.

C’est un arbitrage que personne ne prépare, moi le premier, et je fais pourtant ce métier.

Ce qui aurait aidé

Pas un objet. C’est la conclusion la moins vendeuse possible et c’est celle que j’ai.

Ce qui aurait aidé, c’est de connaître mes propres nombres. Combien d’heures mon téléphone tient en veille avec un réseau faible, je ne le savais pas avant et je ne le sais qu’approximativement maintenant. Que ma machine puisse alimenter le reste, je l’ai découvert avec six mois de retard. Que mon enceinte n’ait aucune jauge, je l’ai appris à un moment où l’information était devenue inutile.

La batterie externe dont j’ai parlé au printemps, je ne l’ai toujours pas achetée, et ces trois jours ne me font pas changer d’avis dans l’urgence. Ils m’ont simplement donné la question que je poserai avant d’en acheter une, et cette question ne porte pas sur la capacité.

Ces questions restent ouvertes, et ce que je m’interdis de conclure d’un épisode unique est écrit dans ce que je refuse.


Le courant est revenu un peu avant minuit, le troisième jour. Le climatiseur a émis trois bips, la lampe du couloir s’est allumée, et je n’ai rien ressenti de particulier parce que tous mes appareils étaient éteints depuis des heures et que personne n’était là pour fêter quoi que ce soit.

Je me suis levé, j’ai branché la machine, et j’ai regardé la file d’attente : une prise murale accessible dans la chambre, cinq objets à remplir, et un ordre à décider une seconde fois dans la même semaine. J’ai pris le carnet et j’ai commencé une liste que j’ai fini d’écrire deux semaines plus tard, à Séoul.

Ce que je ne peux pas savoir

  • Mon téléphone s'est-il vidé plus vite à cause du réseau faible, de l'usage que j'en ai fait, ou des deux ? Je n'ai pas isolé la variable et je n'avais aucun moyen de le faire.
  • Combien perd-on en rechargeant un téléphone depuis un ordinateur ? Aucune idée. Il faudrait un instrument que je n'ai pas, et un protocole que je ne saurais pas tenir dans une chambre sans lumière.
  • Est-ce que le classement que je décris tiendrait au delà de trois jours ? À soixante-dix heures, la question du travail ne s'était pas encore vraiment posée. À une semaine, elle se serait posée autrement.

Ce choix suit le manifeste : pas de vidéo : le verdict se lit, il ne se regarde pas. lire le manifeste

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